jeudi 21 juin 2012

Ce qu'on ne voit pas à la télé...


8 h 54. Un peu comme un dimanche, je suis installée à mon ordi (mais pas dans mon fauteuil préféré, car mon sans fil a décidé de me lâcher il y a quelques jours), je bois un café, j’écoute Espace Musique et j’écris. Aujourd’hui c’est jeudi pourtant… mais L’ÉCOLE EST FINIE!!!!!! Plusieurs de mes collègues ont pris l’avion hier. Moi j’ai décidé de rester quelques jours de plus afin de relaxer dans mes petites affaires avant de partir à l’aventure pour l’été.

Hier soir, je regardais mes photos des derniers jours et j’ai eu envie de vous montrer une belle réalité. Celle de mon village, celle des certains élèves, celles de certains adultes. J’ai eu envie de vous montrer une réalité qu’on ne montre pas à la télé. Une réalité que j’ai eu la chance d’observer et de partager un peu.

Lundi, nous avons eu une sortie scolaire avec les élèves du secondaire. Ici, quand on fait une sortie, on ne va pas au cinéma, à la Ronde ou à Ottawa. Ici quand on fait une sortie on part littéralement en excursion. Donc, lundi dernier, nous sommes partis à 6 bateaux. Quand je dis bateau, je parle de canots de 24 pieds de long avec des moteurs gigantesques. Nourriture pour la journée, canne à pêche, carabines et réserves d’essence pour aller vers l’infini et même plus loin encore!

Petite parenthèse… parce qu’un message sans parenthèse ne serait pas un « vrai » message…

(Conversation avant départ avec la mère d’une élève:
-       Your are the only teacher who’s going with them? 
-       No, No… Lucassie and Eva are there.
-       I mean… (hésitation) teacher like you…
-       Like me? Oh! You mean non-Inuit teacher?
-       Yes
-       Well… I guess so…
-       Where are the others?
-       Hummm… in school working on the report cards.
-       Blablabla
-       Blablabla

J’ai trouvé cette petite conversation bien sympathique. J’ai surtout bien aimé ne pas me faire appeler Qalunat.)

Donc, lundi l’infini a été pour nous les îles au sud du village. J’appréhendais un peu cette journée complète avec les élèves… à tort. Quelle magnifique journée nous avons passée ensemble! Que de découvertes j’ai faites, que de rires heureux j’ai entendus, que d’initiatives j’ai vues chez ces élèves, qui parfois me semblent inanimés. Je les ai vus dans leur environnement, dans leur élément. Je les ai vus m’intégrer, m’aider, me dire quoi faire. Je les ai vus remplis de fierté.  Je les ai beaucoup observés, mais je sais qu’ils en ont fait tout autant. Des élèves à qui je n’avais jamais parlé m’ont adressé la parole.

Umiujaq c’est aussi ça et je voulais le partager, car c’est important de parler de ce qui est beau aussi.







 




samedi 16 juin 2012

Les uns et les autres...



Coucher de soleil... il doit être 23h00...




Commencer par une parenthèse c’est un peu étrange, mais qui a dit que je ne l’étais pas? Vendredi quelqu’un a justement affirmé que pour venir travailler au Nord, il fallait être un peu « fêlé »… Moi, je préfère le mot « différent ». Puis au fond, venir travailler au Nord n’a rien de si spécial. C’est d’y rester qui fait la différence… Pensez-y…


Donc ouverture de parenthèse…
(Plusieurs fois on m’a demandé si la vie ici est aussi pire que ce que l’on voit dans les médias… à cette question, je ne sais jamais quoi répondre… En réalité, je ne sais pas ce que l’on voit dans les médias… Des fois j’ai envie de dire que c’est pire… ben pas vraiment envie de le dire, mais parfois je pense que c’est pire que ce que l’on montre. Abus, viols, alcoolisme, violence… On parle beaucoup de logement et c’est vrai que c’est terrible de se retrouver à 10 dans une maison avec 3 chambres à coucher. Parents, grands-parents, oncles, enfants… Je pense même qu’elle est là la source de plusieurs problèmes sociaux… mais ça, on ne le dit pas… Alors, peut-être que la vie ici est pire que ce qui est montré dans les médias, mais c’est la vie quand même… Et il y a aussi tout ce qui n'est pas montré dans les médias... Me voilà presque arrivée à la fin de cette deuxième année d’enseignement au Nunavik et  je suis déjà en train de me préparer pour une troisième année. Je me dis que je devrais pouvoir me faire une idée…  Mais je n’y arrive pas encore. Je vous ai déjà dit que je suis une personne qui évolue lentement? Ben en voilà la preuve!
Fermeture de parenthèse…)


Petites histoires du quotidien…

J’ai commencé à boire du café à l’âge de 24 ans… Un employé du Fotoclik Rockland (wow quel retour dans le temps!!!) m’amenait des cafés à tous les jours et trop gênée pour lui dire que je ne buvais pas de café… j’ai commencé à boire ceux-ci… Résultat : aujourd’hui, je suis accro au café… mais chacun d’entre eux me procure un immense plaisir ;-)
Brouillard sur le village
Analogie Nordique qui a un lien, mais peut-être pas tant que ça après tout, mais tout de même…
Mon collègue Paul a une famille que j’adore. 5 ou 6 enfants (je m’y perds parfois je l’avoue). Je travaille avec un des garçons depuis l’année dernière et c’est chaque fois un réel plaisir de passer 45 minutes avec lui. Je joue au hockey avec LA fille de la famille. Il y a aussi A. Maintenant en première année, un regard magnifiquement pétillant, toujours prêt à me sauter dans les bras quand je passe à côté de sa classe, courant vers moi bras ouverts chaque fois que je le croise dans le village. Il est à croquer.
Alors une histoire avec A. Organisant quelques trucs pour la venue des Français, Sandra et moi sommes passées chez Paul pour régler quelques détails. Accueillies chaleureusement, A. , comme à son habitude,  accourt à ma rencontre. Bol de chips en main et morve au nez, il m’offre une croustille que (trop gênée pour refuser… vous comprendrez ici le lien) je n’ai su refuser… Et moi qui n’aime même pas les chips! En mangeant la croustille, mes yeux ont focussé sur le nez dégoulinant de mon petit ami…
Bon, rien ne prouve que ce qui s’est produit par la suite soit directement relié à cette chip, mais je vous dirais tout de même de ne jamais accepter une chip offerte par un petit morveux (compris les neveux???) RTF. Pourquoi? Résultat : deux semaines de rhume intense!!! Je croyais avoir développé tous les anticorps! Ben pas celui-là faut croire! En fait, c’est peut-être le mixte avec la chip qui a créé un virus si puissant!
Épilogue… Il y a deux jours, je suis repassée chez mon collègue Paul à qui j’avais emprunté son 4 roues. En entrant dans la maison, A. court vers moi fidèle à son habitude. Heureusement, il n’a pas de chip à m’offrir! Alors, comme il le fait si souvent à l’école, il se jette dans mes bras. Dans un élan d’affection extrême, il passe ses bras autour de mon cou et… et… me place un gros bec mouillé sur la joue!!!!! HAAAAAAAAAAA! Maintenant, il ne me reste plus qu’à croiser les doigts et à espérer avoir développé les anticorps la dernière fois! Je l’adore ce petit!

Histoires d’école…

Une partie (seulement) de ma réalité…

Le mois de mai est un mois difficile à l’école. Difficile pour les élèves et les enseignants qui sont de plus en plus fatigués. Le soleil se couche de plus en plus tard et les jeunes aussi. Mon corps à moi refuse d’aller dormir tant qu’il y a de la clarté accrochée dans le ciel. J’essaye évidemment de berner mon « sensor » interne en fermant les rideaux et en bloquant la lumière avec des boîtes…  Quand je suis dans mon lit, je peux entendre les jeunes dans la cour d’école. La plupart du temps je m’endors avant leur départ…

Le mois de mai est un mois difficile à l’école… J’ai eu droit à mes premières menaces verbales… Parce que je lui demandais de ne pas parler pendant un minitest, un élève s’est mis en colère… Habituellement, je m’arrange assez bien avec la colère des élèves. Mais étant moi-même fatiguée, je me suis dit qu’il était préférable de demander de l’aide… J’ai donc appuyé sur le bouton de l’intercom pour appeler du renfort… La colère de l’élève s’est alors décuplée… Tout s’est passé plutôt rapidement : Inuktitut, Anglais, quelques coups sur le bureau… et juste au moment où j’entends « I will kill you… I will fight you… » la technicienne en comportement arrive dans le cadre de la porte… Étrangement calme, j’ai demandé à Dora de quitter avec l’élève en question. En passant le cadre de la porte, celui-ci a ajouté… comme si ce n’était pas assez… « Something bad is going to happen to you ». J’ai fermé la porte, les élèves sont restés silencieux et se sont mis à leur mini-test. Ironie du sort, quelques minutes plus tard, une élève me demande ce que veut dire le mot « menace »… Le minitest portait sur les territoires agricoles à risques…

Cet événement s’est produit vers 9h45 le matin. Après la période, j’ai sorti un rapport d’incident en me disant que je le remplirais plus tard dans la journée. Ma matinée étant remplie, je n’y ai ensuite pas vraiment repensé avant le début de l’après-midi…jusqu’à ce qu’un autre élève « m’agresse » verbalement… Cours de photographie, nous sommes dans le lab informatique, je demande à I. de choisir un ordinateur pour travailler et… venant de nulle part, j’ai droit à un colérique… « Fucking stupid teacher ». En deux secondes, l’image de l’épisode du matin me revient et ma limite est aussitôt atteinte. Cette fois je n’envisage même pas le bouton de l’intercom (en fait je ne suis même pas certaine qu’il y en ai un dans le lab info…). Je me dirige vers la porte de la classe, prête à aller chercher un collègue et je tombe sur le directeur. Je rapporte l’événement qui vient de se produire et je glisse un mot sur celui du matin. Je ne sais pas ce que Nicolas a vu dans mon regard, mais il a aussitôt pris l’élève en charge. Ils ont quitté le local et sont revenus quelques minutes plus tard. I. s’est excusé, je n’ai pas su quoi répondre, j’ai regardé Nicolas, il m’a rassuré en me disant qu’il repartait avec l’élève. J’imagine qu’il a compris que ma limite d’agressivité était atteinte pour la journée… 


Même si je ne me suis pas réellement sentie en danger suite aux menaces de mort (n’ayons pas peur des mots) du matin, j’ai réalisé après coup que ça m’avait ébranlé… Déjà, les mots sont assez puissants en eux-mêmes, mais… comment dire… j’aurais aimé que ce soit un autre élève que B. qui profane de telles menaces. Égoïstement, c’est un peu comme si je m’étais sentie trahi par ce jeune que je soutiens depuis l’année dernière. B. pour qui j’ai tellement travaillé pour le passeport. B. que nous avons encouragé à rester dans le projet France. B qui est parti en ambulance à Montréal. B. qui a passé une nuit chez ma mère. B. qui nous a passé un sac plein d’alcool sous le nez à la danse de l’école. Et maintenant… B. qui me lance des menaces en pleine classe. Égoïstement, j’aurais aimé qu’il comprenne que je suis une alliée pour lui… 
B. est venu s’excuser à la fin de cette journée. Je l’ai écouté, je lui ai dit que la prochaine fois qu’il était en colère, il pouvait le dire tout simplement plutôt que de me menacer… Est-ce que j’aurais dû porter plainte à la police? Est-ce que B. aurait dû être suspendu? Est-ce que l’une ou l’autre de ces mesures aurait eu un effet positif sur B? Je ne sais pas trop… Mais je pense que des mesures auraient dû être prises…
Aujourd’hui, B. ne se présente plus vraiment à mes cours de géographie et je le vois très rarement à l’école… Je signale chacune de ses absences… 


Ciel orageux

Histoires d’école…

Une autre partie (heureusement) de ma réalité …

Depuis la venue des Français à Umiujaq, lorsque je passe devant la classe de maternelle, certains petits bouts de choux me lancent des « Bonjours! Comment ça va? ». Lorsque je réponds et que je retourne la question en français, j’ai chaque fois droit à des éclats de rire incroyables aux pouvoirs guérisseurs. Vous vous rappelez, lors de mes coups de cafard de l’an passé? Je n’avais qu’à passer dans le couloir de maternelle pour les estomper. Cette année, tout ça n’a pas changé. Les quelques rares fois où je finis ma journée d’école avec un doute, je me dépêche d’aller dire au revoir à ces tout-petits… et mon doute disparaît chaque fois.

Les élèves de photographie
Les élèves de Shannon… Shannon enseigne aux 5e et 6e année au secteur anglophone. Elle a été absente une partie de l’année. Les élèves se sont retrouvés sans enseignant pour quelques semaines avant que des collègues prennent la relève. Pas d’enseignant = pas d’école pour les enfants. Shannon a un gros groupe (plus de 15 élèves si je ne me trompe). Je travaille en orthopédagogie avec 8 de ces élèves. Pendant les semaines de « congé » forcé, presque tous ces élèves sont venus faire leurs périodes avec moi! J. (le fils de Paul), A. , C. (ma plus fidèle élève qui choisit même de venir avec moi plutôt que d’aller jouer au soccer à la dernière période du vendredi…), J. (qui a toujours plein d’histoires à me raconter) et ma dyade préférée (parce que peu importe ce que l’on dira… il y aura toujours des élèves avec qui ça cliquera plus qu’avec d’autres)… D et J.
D et J ont accumulé de grosses difficultés scolaires. En 5e année l’an passé (et encore cette année), aucun des deux ne pouvait lire… Cette année, à force de persévérance et de volonté de leur part… ils peuvent maintenant lire et écrire. Ils sont tellement fiers d’eux… et je lui suis! Nous formons un trio d’enfer! Cette année, l’image de ces deux incroyables élèves que j’amènerai avec moi en vacance, c’est les deux périodes que nous avons passées à travailler sur le parvis avant de l’école. Croyez-le ou non, il y a eu une canicule à Umi la semaine dernière. Plus de 23 degrés au thermomètre… pas de fenêtre dans ma petite classe et une chaleur « accablante ». En moins de deux minutes, J. me fait remarquer qu’il n’y a pas de fenêtre dans notre classe… D. ajoute qu’il a chaud. Je vois la sueur perler sur le front de mes petits élèves… Silence, regards complices… et je suggère une classe à l’extérieur! Sourires aux lèvres et yeux pétillants, D et J se lèvent prêt à partir! Je décide de les calmer avec notre habituelle séance de yoga express (30 secondes de respirations profondes… rien de plus, mais ça fonctionne à chaque fois lorsque l’excitation devient trop intense!). « L’attention » est de retour et je donne mes consignes.  J’aurais aimé pouvoir nous voir… tous trois assis devant la porte de l’école, papier et crayon en main.

…





Retour dans le temps, histoires de printemps, de Richmond Gulf et nouveau sens au mot  workout!!!!

Parce qu’il est plus que temps de le voir et de le vivre enfin!!!! Mais ciel qu’il se fait attendre, surtout avec cette neige qui est tombée il y a quelques jours sous la forme d’un presque blizzard!!! Il est difficile de garder le sourire après le réveil lorsque je passe la tête derrière les rideaux (et les boîtes de carton) pour apercevoir de la neige au sol par un 26 mai!!! Mais bon, on en profite comme on peut… en allant camper, même s’il y a apparence  et prédiction de pluie, même s’il fait sous zéro la nuit.
Nous en profitons aussi en partant vers le Richmond Gulf en Honda…
Le printemps à Umiujaq c’est vraiment un entre deux saisons. La Baie est encore gelée et les motoneiges s’aventurent encore sur la glace pendant que les Honda envahissent les rues du village. L’accès au Richmond Gulf est difficile : impossible d’y aller en skidoo… difficile (mais pas impossible selon Lucassie et Darlene… si vous êtes prêts à vous mouiller et à pousser les machines pour traverser les congères de neige) d’y aller en Honda… 


C’était un dimanche, après un pique-nique communautaire. Temps incroyable (13 degrés) et soleil. Nous sommes partis à 2 Honda. Sentiment de liberté et cheveux au vent jusqu’à Umiujaluk… La température passe du chaud au froid, dépendamment d’où vient le vent. Il y a encore beaucoup de neige autour de nous… et parfois devant nous! Lucassie est heureux comme un petit enfant lorsque pour la première fois Darlene et lui reste pris dans un passage enneigé.  Mise en marche arrière, prise de distance face à la surface enneigée à dépasser, quelques coups de gaz, signal de départ de Darlene et Lucassie part à toute vitesse vers la neige! À la moitié du passage et après quelques dérapages, Lucassie et son Honda s’arrêtent finalement… Ô quelle surprise… bloqués par la neige molle et épaisse. Bobby, Darlene et moi courrons vers lui et en moins de quelques secondes de poussage voilà Lucassie et son Honda de l’autre côté du passage enneigé. Bobby et moi on ne veut pas rester derrière évidemment et… Ô quelle surprise… l’à peu près exact même scénario se produit… et se reproduit… et se reproduit… et se reproduit… jusqu’à ce que finalement le passage enneigé ait raison de nous et nous décide à faire demi-tour. C’est rempli de fierté et de muscles endoloris d’avoir « ouvert » la route si loin en Honda, que nous revenons finalement au village.


Pour ajouter un peu à notre entrainement… et sûrement parce que nous sommes sans doute un peu orgueilleux… et aussi parce qu’il faut bien s’amuser comme on peut… nous avons eu la drôle d’idée de répéter notre expérience de défricheurs des neiges… mais cette fois avec un gros camion 4x4… Gros camion comme dans très pesant genre F150 avec une boîte. Saviez-vous qu’un Honda c’est très très très facile à pousser dans la neige molle et épaisse? Comparer à un gros camion 4x4 en tout cas ce l’est vraiment!  Le poussage s’est heureusement fait (difficilement je vous laisse imaginer)  en marche arrière, mais ça nous a permis de confirmer Darlene. Bobby, Angela et moi que nous avons une persévérance d’enfer face à l’adversité… et la pression des ours qui se réveillent…


LE camion 4 x 4









Puis finalement, quand la neige fond elle laisse de grandes mares d’eau… Quoi que mare n’est peut-être pas le mot juste… Laissez-moi vous raconter ma dernière virée sur la route du Richmond Gulf.
Apprendre par l’expérience est pour moi la meilleure des manières… Du moins, jusqu’à tout dernièrement, c’est ce que je croyais fermement…  Maintenant… je pense qu’il y a peut-être quelques circonstances qui ne se prêtent pas à cette croyance… Comme quand on est à 11 km du village, seuls (2 sur un Honda), qu’il est passé 21h et que les ours sont définitivement réveillés… Et même si ce n’est pas du tout ma devise, Je pense maintenant aussi qu’il faut TOUJOURS suivre le sentier qui semble le plus fréquenté (en Honda maintenant ce le sera)!
20h : Bobby m’appelle. Angela ne veut pas aller faire un tour de Honda et Bobby m’offre de l’accompagner pour un café à Umiujaluk question de sortir du village.
20h15 : Bobby me ramasse devant chez moi.
20h25 : Nous croisons Darlene et Shannon sur la route du Richmond Gulf. Darlene nous conseille d’aller jusqu’au Gulf car nous risquons d’y voir des bélugas. Elles sont en camion et ne peuvent se rendre jusqu’en bas…
20h27 : Bobby et moi décidons de nous rendre jusqu’en bas (même s’il fait un peu froid et qu’il est un peu tard pour aller jusque-là).
20h32 : Bobby ralenti à côté de Umiujaluk pour confirmer notre décision. Nous continuons.
20h47 : Nous arrivons au bord du golfe… Nous prenons un café en attendant les bélugas… La lumière est magnifique, je prends quelques photos.
21h02: Pas de bélugas, plus de café et le soleil qui se rapproche du sommet des petites montagnes qui nous entourent. Nous remontons sur le Honda et amorçons le retour. Juste avant de partir, Bobby dit en souriant qu’il espère que nous nous rendrons au village sans trop de problèmes… C’est la première fois que nous partons sans escorte…
21h05 : Bobby arrête devant un Y. Nous sommes arrivés par la voie de gauche… Bobby suggère d’essayer le sentier de droite. Je souligne timidement que le sentier de gauche a fonctionné à l’aller, mais moi aussi j’ai envie d’essayer un nouveau sentier…
21h06 : on arrive devant une mare d’eau… qui ne semble pas si imposante que ça parce que pas très large… Pause de quelques secondes… Quelques questionnements… On amorce le passage et je dis en riant à Bobby que si on reste pris je débarque pour pousser comme d’habitude…
21h07 : Assis sur le Honda… nous avons de l’eau jusqu’aux genoux… et nous nous arrêtons…
Vikie : je pense que c’est le temps que je débarque pour pousser… hihihi (vous savez que je ris tout le temps quand ce n’est pas le temps).
Bobby : oui
21h07 : De l’eau presque jusqu’à la taille… je pousse avec Bobby et nous sortons le Honda de la marre…
21h07 : silence… faite que le Honda redémarre… Bobby et moi savons que nous sommes à 11 km du village, nous l’avons calculé à l’aller…
21h08 : le Honda redémarre… pendant que je cherche le meilleur passage pour regagner la piste de gauche, je balaye notre environnement du regard à la recherche d’ours. Je trouve un passage (parce que pas question de repasser par la marre) et je ne vois pas d’ours.
21h11 : nous revoilà sur la bonne voie… Le Honda tourne toujours… mais n’avance pas vraiment si on s’assoit dessus… Le moteur étouffe s’il force trop ou si nous tentons de prendre de la « vitesse ».
21h12 : Bobby et moi débarquons de Honda. Je sais maintenant que je peux marcher à une vitesse de 7km heure et qu’après ça, je commence à trottiner et qu’à 9 km heure je dois définitivement courir!!! Pousse pousse pousse le Honda!!!
21h15 : Je réalise que je ne suis vraiment pas en forme…
21h19 : J’aperçois ce qui me semble être des traces des pas d’ours sur le côté de la route… Je ne le dis pas à Bobby.
21h19 : Petit regain d’énergie (je ne sais pas pourquoi?).
21h20 : … et moi qui ne peux m’empêcher de rire… Je regarde la grosse côte qu’il y a devant nous et je sais que la montée sera pénible si nous devons pousser le Honda. Lorsque je vais en vélo au Richmond Gulf au printemps, je n’arrive pas à remonter la côte en pédalant. Je dois pousser mon vélo jusqu’en haut et je trouve ça difficile…  Je me rassure en me disant que Darlene et Lucassie (notre Power Ranger) doivent être à la veille de venir nous secourir…
21h29 : je ne cours plus assez vite pour suivre le Honda et Bobby qui vont à 10km/heure… Bobby ralentit et me fait monter.
21h30 : Bobby pousse le Honda en courant, moi assise dessus je change les vitesses avec mon pied. Un flash de l’Inde me vient à l’esprit. Alex et moi sommes assises à l’arrière d’un vélo rickshaw et nous nous sentons si mal pour l’homme âgé qui nous tire…
À la recherche des bélugas
21h33 : Nous allons de plus en plus vite, une petite descente approche juste avant la grande côte à monter, Bobby saute sur Honda, je cesse de rire, nous ne parlons pas, mais nous croisons les doigts.
21h35 : nous amorçons la pente…
21h41: La pente est passée!!!! Nous sommes sauvés et à portée raisonnable de marche du village le cas échéant…
21h58 : je mets finalement le pied (bouetteux et mouillé) chez moi.
Au final… vous le savez bien que j’ai eu un plaisir fou dans toute cette histoire qu’il me tardait de vous raconter… Tout s’est bien terminé, le Honda fonctionne bien de nouveau et Bobby et moi avons pris une bonne leçon…



Et cette année scolaire qui tire définitivement à sa fin. Il ne reste plus que trois jours d’activités à l’école. La « Prom Night » est passée. Les jeunes étaient beaux à voir. 8 gradués cette année! Une de mes élèves de photo est sur le podium. Elle est belle et j’espère qu’elle est fière… Moi je suis fière d’elle en tout cas. Bravo Dora!

Je vais quitter mon village un peu inquiète. J’espère revenir dans un environnement pas trop bouleversé pour ma troisième année.

Je vous souhaite à tous un bon été. Soyez prudent et profitez de la vie, mais n’oubliez pas aussi que « le secret du bonheur c’est la lenteur ». Regardez autour de vous, observez les détails et ayez des projets fous.

Je vous reviens inévitablement en août, avec des images de l’Islande et de Berlin!

En attendant voici quelques images en vrac
Sortie scolaire
Pas facile de marcher dans la toudra!
Mes voisins d'en haut!
Un autre ami qui part!








samedi 28 avril 2012

De la grande visite à Umiujaq

En attendant l'arrivée de nos amis Français! 


Le soleil sur mes orteils m’empêche de croire qu’il fait -29 aujourd’hui à Umiujaq. Je me dis que je devrais en profiter pour aller jouer au hockey avec les jeunes de ma rue étant donné qu’il fait si chaud… Ils sont 6 ou 7 et plusieurs que je ne connais pas. Ça ici c’est plutôt rare de ne pas connaître quelqu’un dans la rue, mais ces jours-ci, il y a beaucoup d’inconnu pour moi dans ma petite communauté. Les funérailles de la mère de B. ont eu lieu jeudi dernier. Beaucoup de gens, familles et amis, sont venus de l’extérieur pour rendre un dernier hommage à Alice.  Le gymnase de l’école était rempli pour le triste moment de recueillement. Est-ce que les funérailles étaient belles? Je n’en sais rien… moi je n’aime pas les funérailles. Je dis ça parce que je me souviens d’avoir parfois entendu : c’était de belles funérailles…  moi je n’aime pas les funérailles, mais en fait … qui aime ça? 

Avec ce décès de plus dans la communauté, je dirais que l’atmosphère n’est pas trop à la rigolade… Depuis que j’ai appris la nouvelle, une sorte de mutisme riresque m’habite. Un peu comme gêné de sourire à la vie, voire même honteuse que tout soit si facile pour moi ici. Je me demande parfois si j’ai vraiment le droit d’apprécier ma petite vie tranquille du nord quand je sais qu’à quelques pas de chez moi ce n’est pas très jojo… Je ne sais pas trop. La différence réside peut-être dans la possibilité de choix. Moi j’ai choisi d’être ici et chaque année je peux changer d’avis. Si je ne reste pas, je sais que la vie ailleurs m’apportera sans doute autant que la vie au Nord. Je peux donc choisir et pas uniquement le moins pire.

Histoires en vrac

Pour Alex une histoire de renard!
C’était un matin de semaine. Après une excellente nuit de sommeil, je m’étais réveillée tôt et détendue. En prenant mes cafés dans mon fauteuil préféré, j’avais constaté la magnifique journée qui commençait doucement. Entre deux gorgées, j’ai vu passer Joshua Sala sur son skidoo, carabine au dos. Bien que je trouvais qu’il soit un peu de bonne heure pour la chasse, je me suis simplement dit que probablement qu’ici, le gibier appartient à celui qui se lève tôt!
Donc, détendue et relaxée, j’ai continué ma petite routine matinale que je vous épargnerai cette fois. Fin prête pour aller travailler, je me suis tranquillement emmitouflée dans mes vêtements super chaud, car je me souviens qu’il faisait très froid ce matin-là. Avant de sortir, j’ai éteint la musique et je me suis lentement dirigée vers l’extérieur en chantant, capuche de poils sur la tête. Quand je porte le capuchon de mon gros manteau, c’est un peu comme si j’étais dans un scaphandre… du moins je crois, car en réalité, je n’ai jamais essayé un scaphandre… Les sons environnants me parviennent comme en sourdine et j’ai un peu pas mal l’impression d’être seule au monde, car ma vision périphérique est limitée de chaque côté par la bordure de fourrure de la capuche.
Je suis donc à l’extérieur, dos à la rue, chantonnant dans ma bulle de solitude, barrant la porte de mon appartement. Il est tôt, la vie est belle et il n’y a aucun stress, car je suis vraiment en avance pour ma journée. Pendant que je tourne la clé dans la serrure et que je la range ensuite dans ma poche, la porte de ma voisine s’ouvre et avant même un bonjour, Josée me lance : « As-tu vu le renard? » Un peu surprise par la présence de Josée et surtout gênée qu’elle m’ait entendue chantonner les dernières paroles de George Brassens, je ris un peu et au lieu de répondre à la question je la salue simplement. « As-tu vu le renard? » qu’elle me répète! Et là, au même moment où je commence à tourner la tête vers la droite en lui demandant : « Mais de quel renard parles-tu? » Je l’entends me crier : « VITE VITE RENTRE CHEZ TOI, IL REVIENT VITE RENTRE » … … … C’est là que ma petite bulle de détente matinale a pété! Dans ma tête tout est allé très VITE. Josée qui crie, renard, vite, rentre… Josée travaille dans le nord depuis plus de 15 ans je crois. Je me suis donc dit que si elle criait ainsi c’est qu’il y avait une raison véritable de s’inquiéter… Donc, rentrer chez moi… Porte barrée, mitaines dans les mains, urgence… Je me suis donc mise à crier à mon tour… et j’ai figé devant ma porte… toujours dos à la rue… « Josée, je ne peux pas rentrer je viens de barrer ma porte!!! » - « Viens-t-en ici tout de suite! ». Tout n’a duré que quelques secondes et les 5 pas qui séparent ma porte de celle de Josée m’ont paru comme des pas de géant. Dans le 10 secondes qu’a duré la panique, j’ai eu le temps de passer de l’état de plénitude totale à l’état de stress intense, j’ai revu notre singe Indien et j’ai pensé à ce qu’Angela m’avait dit quelques jours plus tôt : si un renard qui a la rage touche tes vêtements, tu dois les brûler, car la rage reste sur ceux-ci… Bordel, je ne veux pas brûler mon Canada Goose!!! Quand je suis entrée chez Josée, le renard enragé, la bouche pleine de sang et les yeux creux et rouges, commençait à monter les marches vers le balcon (il n’y en a pas plus de 12). Il n’a jamais eu peur de nos cris… Wow! Quelle frousse j’ai eue! Josée, MERCI d’être sortie en même temps que moi!!! Si tu n’avais pas été là, je crois que j’aurais rencontré le renard au milieu des marches et je préfère ne pas imaginer ce qui serait arrivé…
Finalement, le monsieur que j’avais vu passer le matin chassait le renard enragé « urbain »!!! Josée et moi sommes rentrées, Alain est sorti avec sa carabine et nous avons entendu avant de partir pour l’école. Quelqu’un a appelé pour dire que le renard était rendu près de la garderie, nous sommes alors parties vers l’école, bâton à la main, à l’affut de tout mouvement suspect, prêtes à courir au besoin!
Il est à noter que depuis ce fameux matin… je ne barre plus ma porte de maison lorsque je pars travailler…

Les Français à Umiujaq…
 
Moi qui n’ai habituellement pas de difficulté à raconter, dire et fabuler… Aujourd’hui j’ai de la difficulté à rassembler mes idées sur la visite de nos correspondants Français. Tout s’est passé si rapidement, de l’arrivée de Sandra (qui a fait un travail incroyable) le 25 mars à maintenant dimanche 22 avril… Les Français sont partis lundi dernier, Sandra mercredi… et moi je suis restée ici… Rien n’a repris son cours « normal » encore. C’est peut-être pour ça que j’ai de la difficulté à faire le point. Peut-être qu’en écrivant…

11 élèves sont venus en France en septembre. 10 élèves sont « revenus » à l’école à notre retour… N. ne vient que sporadiquement… très sporadiquement à l’école. Lorsque je le croise à la COOP et que je lui dis que je m’ennuie de lui dans la classe de géo, je le vois habituellement apparaître le lendemain. Lorsque je croise sa mère et que je lui demande comment va N, elle ne sait généralement pas me répondre. Quand je lui dis que je m’inquiète pour N., elle me regarde timidement et je comprends qu’elle aussi s’inquiète… pour N. peut-être, je ne sais pas, mais je sens qu’elle s’inquiète…

Bravo Sandra pour cette soirée réussie au Kalliq
Donc, N ne vient plus à l’école depuis plusieurs mois. Nous avons eu une décision à prendre à son sujet, car la venue des Français s’inscrit tout de même dans un contexte scolaire… Quelques jours avant l’arrivée de nos correspondants, le directeur a convoqué N à l’école pour lui apprendre qu’il ne pourrait recevoir son ami Français à la maison et qu’il ne pourrait participer aux activités reliées à l’école. Pour le directeur, Sandra et moi, cette rencontre a été difficile… mais au fond, elle était nécessaire, je crois. Je ne sais pas si N. a compris les raisons de cette décision, je sais cependant que ça lui a fait quelque chose… Une conséquence à son décrochage scolaire. Ici, il y a rarement des conséquences associées aux comportements. Si tu n’es plus un étudiant, tu ne peux pas participer à un échange scolaire… J’ai trouvé vraiment difficile d’exclure N de la dernière partie du projet. Peut-être que j’ai trouvé ça plus difficile que lui en fait… Heureusement, il a participé aux activités ouvertes à la communauté. Je m’ennuie sincèrement de N et je m’inquiète aussi pour lui…

Donc, 7 nuits dans le village… 7 nuits de stress pas trop intense, mais de stress tout de même. 7 sommeils légers, 6 débuts de journée à s’assurer que tout a bien été… Rien de vraiment grave ne s’est passé… plus d’inquiétudes que de mal… Selon ma collègue au propos qalunatiques (vous les qalunates (les blancs), nous les Inuit), cette visite des Français a amené quelque chose de positif dans la communauté.

Nos visiteurs ont trouvé que tout était beau ici. Décalage dans la perception… je ne suis pourtant pas une personne négative… mais je vis ici depuis maintenant presque que deux ans… Les dé[boires] de W ou de B ne sont pas les premiers que je vis. J’aurais souhaité égoïstement un peu plus de retenue que les 24 heures qu’ils se sont accordés (Je comprends cependant maintenant davantage la raison des absences de P et I (les deux fils de W) à l’école.).

Les 7 jours ont passé rapidement, nos visiteurs ont passé du bon temps. En une semaine, ils se sont « intégrés » et ont expérimenté la culture inuite plus que je n’ai su le faire depuis les deux dernières années. Ils ont maintenant une famille inuite : grands-parents, parents, frères, sœurs et amis.

Après une journée de pêche à la rivière Caribou

Le départ… a été déchirant. 2 heures d’attente à l’aéroport qui ont commencé dans le brouhaha et qui se sont terminées dans les pleurs. 20 minutes avant l’arrivée de l’avion, les accolades ont commencé. Quand les moteurs de l’avion ont grondé au-dessus de nos têtes, les premiers sanglots se sont fait entendre. Je suis restée à l’écart, un peu comme je l’ai fait tout au long de la semaine. Je me suis retirée de ce moment qui n’était pas le mien, mais le leur. Puis inévitablement, l’émotivité a fini par m’atteindre, mes yeux se sont remplis d’eau. Ces 37 jeunes ont vécu une expérience incroyable, rare, inestimable. Si éloignés et si proches à la fois.
Départ

Ils ont vécu ce départ comme la fin de quelque chose. Il me reste maintenant à continuer mon travail. La fin de quelque chose signifie inévitablement le début de quelque chose d’autre n’est-ce pas..?  Nous avons eu un rêve, nous avons travaillé pour le réaliser. Ce rêve semblait  au départ inatteignable… 

Parallèlement…
Une journaliste et un photographe ont accompagné le groupe d’élèves Français… … …  J’ai un jour flirté avec l’idée du photojournalisme… Finalement… Chacun son métier… En observant ces deux personnes, qui ont profité de notre projet d’échange culturel pour venir faire leur travail à Umiujaq, j’ai rapidement mis de côté cette drôle d’idée qui m’a un jour habitée. J’ai souvent dit que j’étais lente et je l’ai réalisé davantage en voyant Weronica et surtout Benoit en pleine action. Je vis ici depuis presque deux ans… Je commence à peine à prendre des gens de la communauté en photo… Je commence à peine à ne plus me sentir étrangère. Ma faculté d’intégration est belle et bien limitée. J’ai besoin de temps avant d’entrer chez les gens. J’ai besoin de temps avant de les immortaliser dans le temps. (À propos du temps… M. Ibrahim a dit : « Le secret du bonheur c’est la lenteur ». Ciel, je sens que j’ai un avenir de bonheur devant moi!) Je dirais même plus, j’ai besoin d’observer, de vivre et de penser avant de comprendre. J’ai été mal à l’aise d’imposer une journaliste et un photographe étrangers à la communauté. Chacun son métier… Je me demande bien ce qui sortira de leur rapide passage au Nunavik. Sans doute que le temps nous le dira…

Samedi 28 avril…
Chasse photographique sur la rivière
Est-ce que c’est parce que le temps passe si vite que je suis si lente? Ça fait presque deux semaines que les Français sont partis. Je sens enfin un retour à la routine. Après une semaine « normale » à l’école, après la reprise du jogging, après une marche sur la rivière (pas dans la rivière cette fois)… Je me retrouve maintenant à mon tour devant la fin de quelque chose… comme les élèves au départ de leurs correspondants… Depuis mon arrivée à Umiujaq l’an dernier, j’ai donné un coup de main à Sandra pour ce projet d’échange. Aujourd’hui, tout semble bel et bien terminé. Je dois maintenant me souvenir de mes propres paroles : « La fin de quelque chose signifie inévitablement le début de quelque chose d’autre n’est-ce pas..? »

Pour en revenir à la question de la journaliste à la veille de son départ : « Comment vois-tu cette expérience? »… Je ne sais toujours pas quoi répondre… Je sens que les jeunes et les familles ont vécu quelque chose de positif pendant que leurs correspondants étaient au village. Aujourd’hui, il m’est difficile de comprendre ce qui leur reste de cette expérience. Ont-ils développé cette faculté de rêver qui permet d’avancer de projet en projet? Se sentent-ils oppressés par l’idée qu’ils ne pourront revivre une telle expérience? (Est-ce que j’aurais préféré ne jamais connaître le goût des bières de micro-brasseries maintenant que je ne peux que rarement en profiter ou je préfère pouvoir me rappeler les odeurs, les arômes et les saveurs? (Ben quoi, il fallait bien parler bière dans cette chronique!)) Moi je sais qu’ils ont beaucoup de possibilités les jeunes du Nunavik, mais eux… le savent-ils?

…

Je sens naître ici l’idée d’un nouveau projet… N’est-ce pas Serge?

…

Derniers clins d’œil nordiques.


Vikie et les déménagements!!! Eh bien non! Ce n’est pas moi qui ai déménagé cette fois, mais plutôt une cabine qui a fait plus de vingt kilomètres de voyage sur la Baie gelée. Tirée par 4 motoneiges, cette spacieuse cabine est allée rejoindre son petit coin de paradis, au sud du village (Sandra, si tu reviens à Umiujaq nous l’avons notre destination expédition de ski! Une journée aller, une journée retour!). Ce fut un réel plaisir de participer à cette burlesque expédition. J’ai eu la chance de conduire la motoneige de ravitaillement (Lucassie notre super power ranger n’avait pas oublié le gaz cette fois!!!). Une journée de plein air, dans le bruit des skidoos, mais aussi dans l’immensité de la Baie. Le retour au coucher du soleil aura aussi été mémorable avec tous ces phoques se faisant chauffer la bedaine à côté de leur trou difficilement percé à la force de leur nez!


Et d’une nouvelle soirée boréale avec littéralement une pluie d’aurores sur nos têtes à Sébastien (mon nouvel ami policier) et moi. J’adore cette réalité éphémère qui m’émerveille chaque fois par son unicité.


 


Et en parlant de policier et « d’éphémérité », cette semaine nous avons dû dire au revoir à notre trop nouvel ami P-O. Court passage à Umiujaq, mais sympathique rencontre pour nous tous. Soirée d’au revoir « festanesque » : phoque, caribou, poisson et baies. Sandra, tu le reverras sans doute à Victo bientôt ;-)

Puis pour terminer… petit flash kite ski… Eh bien… Il faut croire que je vieillis ou plutôt, que je m’assagis… Quelques jours avant l’arrivée de nos visiteurs Français, je suis allée faire du cerf-volant de traction sur la Baie avec Denis et Sandra. Au départ très peu de vent. À la fin… trop de vent! J’ai commencé la sortie sans les skis, mais quand le vent s’est levé… je me suis précipitée dans mes bottes sans trop y penser. Harnais, casque et skis. De zéro vent à beaucoup de vent en quelques secondes et j’étais déjà à plus d’un km de mon point de départ! Imaginez, je ne suis même pas tombée étant donné qu’il y a avait trop de vent. Tirée malgré moi, j’ai rapidement compris que j’aurais dû étudier le mécanisme de largage avant de décoller! J’ai eu peur… mais j’ai adoré! Que d’adrénaline! Pourquoi la sagesse me direz-vous? Ce qui m’a fait arrêter cette folle envolée c’est l’arrivée imminente de nos correspondants… Je me suis imaginée endommagée pour leur venue et je me suis dit que ce ne serait pas une bonne idée! Ce n’est que partie remise rassurez-vous!

Je souhaite à tous un excellent printemps. Profitez des terrasses et des balcons à ma santé. Je vous y rejoindrai bientôt (8 semaines) pour une petite saucette avant d’y revenir pour presque 3 semaines à la fin juillet et au début août. Sophie, l’Islande a l’air magnifique. Prépare tes bottes de marche, ton appareil photo et ton costume de bain! Nora, prépare aussi de bonnes chaussures, car bientôt, nous marcherons ensemble dans tous les coins de Berlin. Matthias, prépare ton foie, car j’espère aussi visiter quelques bons pubs allemands! Mirko et Mauricio à vous de me dire quoi préparer pour nos petites vacances de fin d’été ;-)

À très bientôt!

Vikie