samedi 11 octobre 2014

Going Home




« Going home without my sorrow
Going home sometime tomorrow
Going home to where it’s better than before… »
                                    Going Home –Leonard Cohen

Année scolaire 2014-2015… Cinquième année Nordique qui débute. Dernière année Nunavikienne avant MA fameuse année différée. J’essaye encore de ne pas trop l’imaginer, quoi que dans les rares et brefs moments de découragements, je me réconforte en m’imaginant dans cet ailleurs pas trop futur (Vietnam, Cambodge, Indonésie, Laos, Chili… on verra bien) et sans doute meilleur.

Home…

Mi-Août 2011… dans le stationnement du cargo Air Inuit à PET, entre deux boîtes de carton.

« Mais Vikie? »
« Oui Mirko? »
« Elle est où ta maison? »
« Hummm…. Ma maison? »
« Oui TA maison! Elle est en Inde? À Québec? Dans le Nord? À Longueuil? »
« C’est une bonne question ça Mirko! » « Je ne sais pas trop… »
« … »
« … »
« Vikie? »
« Oui Mirko? »
« Quand est-ce que tu vas revenir? »
« Je reviens à Noël! »
« Non, non. Je veux dire, quand est-ce que tu vas revenir? »
« Ha… Tu veux dire,  revenir pour plus longtemps? » « Je vais revenir cet été J »
« … je veux dire REVENIR Vikie! »
« … » « Ha… Tu veux dire… revenir pour rester? »
« OUI!!!»
« … » « C’est une bonne question ça Mirko! » « Je ne sais pas trop … »


Et les nomades, ils répondraient quoi eux à cette question?   
« I'm lost and silent
in the wilderness
like an owl among the ruins
my wings lined with ashes
alone on the roof

I feel I'm a nomad »
            Geoffrey Oryema



(On dirait bien que je fais une chronique musicale aujourd’hui. Il y a beaucoup de pluie ces temps-ci sur Umi. Le ciel gris amène son lot de réflexions et se laisse bien bercer par la musique. Je passe donc beaucoup de temps à tricoter en pensant à vous (oui oui à vous chers lecteurs). Quelques mailles, quelques mots sur le papier. Quelques mailles, un café (PAS QUELQUES cafés vous vous rappelez). Quelques mailles, une pause pour écouter la musique de Cohen…)

Donc, vous l’aurez sans doute compris, ces temps-ci, je réfléchis beaucoup à l’idée de maison (dans le sens de sentiment d’appartenance à un lieu). Pour toutes sortes de raisons, mais surtout parce qu’il y a beaucoup de nouvelles personnes dans mon environnement immédiat cette année, j’ai été amené à partager d’où je viens et où je vis quand je ne suis pas ici… Et c’est probablement cette deuxième partie de la question qui m’a amené à me questionner davantage. 

J’ai quelques fois prétendu à la blague que j’étais une sorte de nomade (Y’a pas quelqu’un qui a fait une chanson là-dessus… Je suis un Nomade Sédentaire ?). Pour moi, pouvoir déménager à l’aide d’une simple minivan a longtemps été associé à une sorte de liberté. Chaque fois que je me suis départie d’un bien matériel imposant, ce sentiment de liberté s’est vu augmenté. Maintenant, mes possessions tiennent dans quelques pieds carrés, dans un entrepôt anonyme du boulevard Taschereau. À part 2 ou 3 antiquités et quelques BD, je peine à me rappeler ce qui y est empilé…

Alors…
« Elle est où ta maison Vikie ? »
Cher Mirko, je crois qu’après toutes ces années, je te dois au moins le début d’une réponse ;-) Et là j'entends vos voix résonner dans mes oreilles : Ciel Vikie !!!! 3 ans de réflexion !
C’est toujours ben moins long que Cent ans de Solitude!!!! Et arrêtez donc ! Vous le savez bien de toute façon que je suis lente !
Surtout… Surtout… Rappelez-vous M. Ibrahim et Oscar ! Le secret du bonheur… hein ??? C’est quoi le secret du bonheur ?? Le secret du bonheur c’est la lenteur voyons!!!!!!
Qu’on se le tienne pour dit !

À l’approche de cette année de congé bien mérité (hahaha n’importe quoi !), cette question de mon ami de maintenant 11 ans est plus que pertinente.  Parce que quand je partirai d’ici en juin… je ne devrais pas retourner à la maison justement?  Au cours des 10 dernières années, j’ai habité à Outremont, Verdun, Brossard, Rimouski, Québec, Longueuil et Umiujaq ! Peut-être pouvez-vous apercevoir le début de ma confusion ? Bon ! Mettons les choses au clair et évitons les stress inutiles. C’est bien certain qu’en partant d’ici, j’irai inévitablement quelque part (Sophie, tu imagines tout ce que je retrouverai là-bas !!!).  Mais est-ce que ce quelque part sera ma maison ?  … ? … ?


Finalement...

Peut-être que notre maison est partout, tant qu’on la trouve à l’intérieur de nous… 

Pour toi Mirko…
« Mais Vikie? »
« Oui Mirko? »
« Elle est où ta maison? »
« Hummm…. Ma maison? »
« Oui TA maison! Elle est en Inde? À Québec? Dans le Nord? À Longueuil? »
« C’est une bonne question ça! » « MA maison est en moi Mirko. Elle est dans mon café que je goûte, dans la baie que je regarde, dans la toundra que j’explore, dans les gens que je côtoie, dans la musique que j’écoute, dans la vie que je ressens. Elle m’accompagne où que je sois : Longueuil, Umiujaq, Barcelone, Inde, Burkina… Et tu sais quoi Mirko? C’est peut-être pour ça que j’arrive si facilement à être bien ailleurs. »

S’habiter… moi je l’aime bien cette idée. En plus, ça me donne un immense sentiment de liberté!




Puis parlant de liberté…
Quand je suis au travail, avec les élèves (ou les collègues…), je fais parfois preuve de… ce que certains qualifieraient, manque de sensibilité… Axée sur la tâche à accomplir, mettant de côté la sensibilité de chacun, regardant froidement les situations… Bref au travail, je travaille. Il m’est donc arrivé quelques fois (mais pas trop souvent quand même) de regarder des élèves (et parfois des collègues) pleurer sans essayer de les réconforter, et Ô shame on me,  sans éprouver de sympathie (ou empathie je ne sais plus trop). Cependant, j’ai toujours laissé l’espace aux élèves (et aux collègues) afin de vivre leurs peines ou leurs frustrations.
Et le rapport avec la liberté?
Et bien l’autre jour, E et N sont dans ma petite classe. L’équilibre est toujours très fragile avec ces deux élèves. Faisant preuve d’une froideur contrôlée, je respecte toujours cette fragilité. À l’écoute des besoins de chacun, j’adapte les leçons, je crée un lien significatif, je réponds le plus rapidement possible aux inquiétudes que je sens, je suis présente à chaque instant. Mais même avec seulement 2 élèves, il m’arrive parfois de ne pas voir arriver les débordements d’émotions.  Algorithme vertical de l’addition, sans retenue. Pas à pas, je fais les exercices avec les élèves. Jetons pour compter, règles pour additionner, papier pour tracer… N. suit bien et décide même de prendre un peu d’avance. E. a de la difficulté à compter… Règle, jetons, papier, modelage, accompagnement… Elle ne me suit plus car, du coin de l’œil elle l’a bien vu que N. peut travailler toute seule… Il suffit d’un mini instant et E. se ferme complètement. J’aperçois d’abord sa petite main se crisper sur son crayon. Elle dessine ensuite de gros traits pesants sur son papier. Son visage habituellement si doux semble se transformer en pierre. Ses yeux se remplissent alors de tristesse. Dans ce regard humide et brouillé maintenant inaccessible, je vois et ressens toute l’impuissance qui habite cet enfant…  Du haut de mon froid respect, je lui mets la main sur l’épaule. Par ce geste, je lui signifie ma présence… qu’elle repousse. Je lui dis alors qu’elle peut prendre une pause et que lorsqu’elle sera prête, je suis là pour elle. N. et moi continuons donc de travailler en tentant de respecter le plus possible l’espace de E.
Après quelques instants, le visage maintenant caché au creux de ses bras, j’entends et je vois les sanglots profonds sortir de cette élève blessée. Tout en continuant de travailler avec N., je dépose une fois de plus ma main sur l’épaule de E. Cette fois, elle ne la repousse pas…  Le corps tendu de cette fillette de 11 ans m’a déstabilisée. Je l’ai tellement sentie prisonnière de ses propres limites.  D’où mon lien avec la liberté. Après quelques instants, j’ai entendu mon nom entre deux sanglots.

« Vikie… je ne veux pas être toute seule… Vikie… je ne veux pas être toute seule… »
« Tu n’es pas toute seule E. Je suis là. N. est là aussi. »

Tranquillement, E. a relevé la tête et essuyé ses yeux. Avec l’énergie de son désespoir, elle a repris contact avec nous et mis de côté les barreaux de sa prison.
La période s’est terminée à ce moment. La cloche a sonné la fin de notre moment privilégié… Avant de laisser partir E., j’ai fait une chose que je ne fais jamais cependant… Sur le pas da la porte, je lui ai ouvert les bras. Son regard brouillé s’est timidement  rallumé, son visage de pierre a retrouvé sa douceur et elle s’est blottie au creux de mes bras… Je l’ai sentie se détendre et je l’ai entendu me dire « merci Vikie pour le câlin »…
J’ai pris la liberté d’avoir de la sympathie pour E.
E. a peut-être réussi à briser quelques barreaux de sa prison intérieure…




Aujourd’hui, je me dis que je prendrai peut-être aussi la liberté de revoir mon approche avec les élèves et les collègues qui m’exprime leur tristesse…
…





Avant de terminer…

La course Terry Fox pour amasser des fonds pour supporter la recherche sur le cancer. 2e année de mon implication. Comment ne pas souligner l’implication de la communauté! Presque 1200$ que nous avons amassés! Quand on travaille ensemble, tout le monde dans le même sens, c’est assez incroyable ce qu’on peut faire! Merci Umiujamiut!


En terminant…

Eh Vikie!!! Tu ne vas pas terminer comme ça quand même!!!!! Il était où ton ailleurs cet été???

Et si pour une fois je laissais les images parler?

Lisbonne


Espagne
Séville
La Sierra Nevada






Croatie







Slovénie





samedi 3 mai 2014

Le long hiver Nunavikien et les réflexions qu'il suscite.

La course Terry Fox pour amasser des fonds pour
la Société Canadienne du Cancer 


Café terrasse en ce début de printemps!
Amitié : Sentiment d'affection entre deux personnes ; attachement, sympathie qu'une personne témoigne à une autre : Être lié d'amitié avec quelqu'un. (http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/amitié/2916)

L’amitié….

Le Nord est un bon endroit pour réfléchir à ce concept variable. Posant mon regard du bout de ma solitude Nunavikienne, je me sens libre de toute interférence extérieure.

Quelle est votre définition de l’amitié?

Bon retour à toute la famille Caron-Larochelle
On est tous bien content de vous retrouver!
Avez-vous différents types d’amis? Où plutôt différents degrés d’amitiés? Et à bien y penser, ne devrait-il pas y avoir différents vocables pour préciser ce concept devenu tellement large?

Selon Facebook, j’ai 195 amis… Tiens je croyais en avoir 196 la dernière fois que j’ai regardé! Il semblerait que j’aie perdu un ami… Mais qui de cette fabuleuse communauté a osé ainsi me renier???

Mes réflexions sur l’amitié

L’amitié de passage (ou ponctuelle, qui est souvent intense et éphémère), l’amitié sincère (la vraie amitié, qui peut aussi être une amitié de passage en passant), l’amitié utilitaire (comme dans avoir besoin d’un ami dans un but précis), l’amitié ultime (qui résistera au temps, aux changements, aux situations délicates, aux écarts de conduite, à la distance, à la différence, aux silences), l’amitié superficielle (celle qui sourit beaucoup de ce sourire figé et commercial, qui reste en surface), l’amitié circonstancielle (qui peut parfois devenir sincère et ultime).

En vérité, peut-être y –a-t-il autant de types d’amitiés qu’il y a d’amis?

Et quelles sont vos catégories d’amitié à vous? Un jour lors d’un de mes retours du temps des fêtes, alors que je passais la soirée avec des amis (je ne saurais dire de quelle catégorie, sorry) quelqu’un m’a demandé :
- « Mais Vikie, ce sont qui tes vrais amis? » 
- La vérité ne réside pas en nous même que je me suis alors demandé.
Si je suis vraie (mais peut-on être vrai tout le temps?), les amis avec qui je suis seront alors vrais. Je n’y ai pas pensé sur le coup… Et par souci de ne pas blesser cette personne, j’ai répondu : « Mais voyons, mes vrais amis c’est vous! ». Est-ce que j’ai été criante de vérité avec cette amie par ricochet (tien tien une nouvelle catégorie comme dans l’ami de mon ami est mon ami)?            

Et pour terminer sur l’amitié, quelle sorte d’ami êtes-vous? Vous a t’on déjà reproché d’être un mauvais ami? Vous a t’on déjà renié, rejeté ou mis de côté? Allez, ne soyez pas orgueilleux! Ça m’est arrivé… Au moins deux fois… On m’a quelques fois reproché d’être une amie trop indépendante… N’est-ce pas là une qualité fondamentale de l’amitié? L’indépendance ne devrait-elle pas être à la base de toutes relations interpersonnelles? Maintenant que j’y pense, ceci explique peut-être cela… Hahaha!
Indépendance et vérité… Voilà! Je pense que je viens de mettre le doigt sur les fondements de mon humanité, mes objectifs à atteindre, les idéaux de ma réalité!


Dans le même ordre d’idées, ici je souhaiterais rendre hommage aux 450 âmes d’Umiujaq! En citadine que je suis, j’ai dernièrement commencé à ressentir le poids de ce cercle fermé délimité par ses 5 rues (oups maintenant 6) et isolé géographiquement du reste du monde. Par un quelconque après-midi de février, je me suis mise à m’imaginer, adolescente ou jeune adulte, vivant à Umiujaq depuis ma naissance… Une sorte de stress a alors pris naissance en moi. Passer son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte entouré des mêmes 450 personnes… D’ami à ennemi à ami, de mari à plus mari à mari, d’agresseur à collègue de travail à agresseur, de chicanes en réconciliations en chicanes, d’admiration à envie à admiration… Passer toute une vie entourée des presque mêmes 450 personnes… Voyager entre chacune de ces extrémités, dans une sorte de va-et-vient perpétuel qui finalement sert sûrement de balance et d’outil de résilience. On dit qu’il y a beaucoup de problèmes au Nord et c’est vrai, mais parfois je me dis que ça pourrait tellement être pire! Ça va faire bientôt 4 ans que je suis ici et ma nature de non-Inuit citadine commence à refaire surface! Chassé le naturel et il revient au galop (comme dans aller faire du Cheval sur la rue Ontario)!
Donc bravo et merci à cette communauté de 450 âmes. Bravo de ne pas sombrer définitivement dans un déséquilibre collectif et merci de me permettre de repousser un peu plus chaque jour les limites de ma tolérance. Je partirai d’ici meilleure, mais je partirai aussi avant d’atteindre mon propre déséquilibre…

(Bon là j’entends déjà des gens me demander… Vikie c’est ta dernière année? Mais non que je répondrai. Je viens de décider de revenir pour une autre année… mais ne nous le cachons pas… je sens que je suis maintenant plus près de la fin de cette incroyable tranche de vie que du début.)

Parlant tranche de vie… Saviez-vous vous que le Nunavik était un laboratoire expérimental? « Moi je viens ici pour vivre une expérience! » Entendre : « Même si je ne suis pas qualifié pour l’emploi visé, je postule quand même (et ma candidature est retenue… phénomène désespérément très courant ici) et je me dis que ces quelques mois seront enrichissants pour moi… et peut-être moins cependant pour les personnes avec qui je travaillerai (mais ça évidemment c’est moi Vikie qui le dis…).  Je sais bien que je fais partie de ces gens qui ont un égocentrisme légèrement supérieur à la moyenne… Mais là! S’il vous plait!  Si un jour je pose des gestes semblables, dites-le-moi, arrêtez-moi, giflez-moi!!!!!!

Course de qamutk à l'approche
de noël!
18h08… Le soleil me réchauffe les orteils et fait planer un sourire sur mes lèvres. La musique en arrière-plan et des images plein la tête me font voyager. Journée enrhumée, passée à tricoter plutôt qu’à aller travailler. Je remonte le fil de mes pensées (comprendre que je relis la liste d’idées et de réflexions que je mets périodiquement sur papier) et je tombe sur cette phrase que j’ai écrite au retour de Noël :

- Les enfants d’aujourd’hui seront le village de demain…

Quelle grande vérité qui manque d’originalité vous me direz! Et vous n’avez presque pas tort. À l’exception près qu’ici, je peux nommer presque tous les gamins par leurs prénoms. Donc, si je reviens au village dans 15 ans, Alasie, Parsa, Dorothy, Aileen, John, Akuliak, James, Josie, Samson, Caroline, Johnny, Maggie, Davey Lee, Masta, Lizzy, Abelie, Elisapee, Malaya, Angusa, Dinah, Elijah, Louisa, Allie, Alec, Dorena, Minnie, Sarah, Mary, Aliva, Lorita et les 180 autres que je n’ai pas nommés, seront vraiment le cœur de cette communauté. Ils seront les parents, les modèles, les travailleurs, les passeurs culturels et les moteurs du village. Tiens, ça me fait penser qu’il s’agit sûrement d’une raison valable (parmi tant d’autres) pour ne pas prendre le Nunavik comme un laboratoire expérimental de développement personnel…

Mais revenons à nos moutons…

À Umiujaq, je pense donc que beaucoup d’enfants sont vieux avant d’avoir fini d’être jeunes…

Un fait divers Nunavikien. Un samedi, J. entre à l’école par effraction. Il a 9 ans maximum. On le reconnaît sur la vidéo de surveillance de l’école. Pas dupe le petit. Se sachant surveillé par l’œil indiscret d’une caméra, après avoir commis son délit, il s’assure de subtiliser l’écran qui projette les images filmées… (Bon, il n’a pas tout à fait compris que l’écran n’enregistre pas les images…) Comme les caméras ne couvrent pas tous les corridors de l’école, ça nous prend bien 3 ou 4 visionnages avant de comprendre le mobile du jeune garçon. J. est entré par effraction à l’école, un samedi soir, pour aller chercher de la nourriture dans la cuisine…

Au moment où j’écris ces lignes, je vois J de ma fenêtre. Emmitouflé dans son manteau (pas trop chaud) d’hiver, installé sur son trois skis, il cherche le meilleur angle de glisse pour dévaler la congère de neige formée à quelques pieds de ma maison. Avec son sourire accroché au visage, sous la lumière chaude de ce coucher de soleil hivernal, J. ressemble à n’importe quel enfant…  Assise dans ma chaise hamac, avec le soleil qui me réchauffe les orteils et le sourire qui s’estompe tranquillement de mes lèvres, j’imagine que je ressemble à n’importe quel adulte qui se demande si J. mangera quelque chose ce soir…

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Pourquoi ne pas aller marcher
jusqu'au Nunavut?


Samedi 3 mai 2014. Ciel gris, pluie, neige qui fond. Jean Leloup habite ma matinée. Le café est bon et le hamac confortable. Journée parfaite pour terminer ma chronique que je traine depuis déjà trop de mois (dans l’espoir peut-être d’avoir plus d’histoires à raconter…). L’hiver a été long à Umi et le printemps ne se pointe que timidement… Peu de sorties On the Land comme on dit ici. Peu de photos aussi. Mais je tricote!!!!  Foulards et tuques n’ont plus de secret pour moi! Et croyez-moi, il y a quelque chose de très satisfaisant à tricoter ;-) L’idée m’a même effleurée à quelques reprises de devenir tricoteuse professionnelle!!!


Trace de caribous!!!



Benoit et Tiphaine


Du Shiatsu au Nunavik
Je réalise que dans l’étirement du temps entre mes périodes d’écriture, j’ai oublié de vous parler du Shiatsu au Nunavik, de Benoit et Tiphaine qui sont venus bénévolement (et en partie grâce à votre soutien financier, car vous le savez, voyager au Nunavik n’est pas donné) partager leur approche de la vie avec les jeunes de l’école. Visualisation, détente, approche saine du touché, relaxation… Ils pourraient vous en parler beaucoup mieux que moi. Mais ce que je sais cependant très bien c’est que de temps en temps, un élève me demande : « Vikie, tu te souviens des massages? Si on prenait 5 minutes à la fin de la période pour relaxer? » Un merci sincère à Benoit et Tiphaine pour leur générosité, leur ouverture, leur disponibilité et leur vision positive de notre communauté. J’ai aimé les entendre me faire leur compte rendu quotidien, j’ai aimé voir leur regard, j’ai aimé jouer dans le blizzard avec eux, j’ai apprécié de les côtoyer à l’école. Ils ont donné sans compter aux enfants d’Umiujaq, avant, pendant et après leur visite.



Puis il y a aussi eu la pré-relâche qui m'a mené jusqu'en Gaspésie avec ma Sister et nos tapis fous!!!







Mon projet pour l’an prochain : Photo Voice. En fait, pas tant mon projet qu’un projet que je supporterai. Dans le cadre d’un travail de recherche universitaire (oups attention de ne pas tomber dans le laboratoire expérimental…), Georgia a développé un atelier de « photoréflexion » sur la santé mentale. Présent dans quelques communautés par le passé, j’avais lu sur ce projet. Quand j’ai su que Georgia cherchait une nouvelle communauté à visiter, je l’ai contactée. J’ai tout de suite aimé son approche photographique comme moyen d’expression. Elle viendra donc nous visiter l’automne prochain et offrira des ateliers sur la santé mentale. La photo servira de médium principal d’expression pour aider les jeunes adolescents à définir ce que c’est que d’être en santé mentalement. J’ai hâte de découvrir ces élèves du secondaire que je connais moins. Je me vois déjà dans la toundra avec eux, appareil photo à la main!

Sur cette note d’enthousiasme, je vous laisse, car mon troisième café matinal m’attend.





Ha! Mais parlant de café, ça me fait penser à un fameux dimanche matin. Nich, tu te souviens? Comment pourrais-tu avoir oublié!!?? Dégustation à l’aveugle de café. C’était l’idée de qui au fait???
Bon, je vous explique. À Umiujaq, toutes les heures qu’on sauve à ne pas être pris dans le trafic, à ne pas magasiner, à ne pas prendre 30 minutes pour aller travailler… et bien on les utilise pour faire toutes sortes de découvertes… Donc, une de nos dernières découvertes à Nich et moi s’est révélée être les descriptifs inscrits sur les sacs de café : belle amertume, costaud et puissant ; vif, puissant, corsée et rond (!!!);  riche, bouquet fleural et crémeux… (Ça ne vous fait pas un peu penser aux descriptifs de vin ou aux noms des échantillons de couleurs de peinture?). Donc, rempli de curiosité, Nich et moi on s’est demandé si on serait capable d’identifier à l’aveugle les cafés à partir de ces descriptions révélatrices… Et comme on a beaucoup de temps à Umiujaq, un dimanche matin, nous nous sommes transformés en goûteurs professionnels! Bon, pas très professionnel, car notre méthode d’échantillonnage n’a pas fonctionné du premier coup… mais nous avons tout de même suivi le modèle de la méthode scientifique.

Le tout a commencé un dimanche matin de février avec 3 sacs de café Cambio. Après une semaine de réflexions afin d’élaborer notre méthode de goûtation (je vous l’ai dit… ici on a vraiment beaucoup de temps pour réfléchir et aussi pour inventer de nouveaux mots…) nous avons procédé à la première tournée…

Méthode (assurez-vous de lire la méthode jusqu’à la fin et portez une attention particulière à l’étape 8b et aux conclusions… de plus, si suite à la lecture vous envisagez toujours de faire une dégustation de cafés, ne le faites jamais seul et assurez-vous d’avoir accès à un CLSC en cas de besoin):

1-D’abord, numéroter les sacs de café de 1 à 3.
2-Ensuite, inscrire les numéros sur des bouts de papier et les coller sous des verres de manière à ne pas voir les chiffres.
3-Prendre 3 verres identiques.
4-Étape cruciale : éteindre toutes les lumières afin de diminuer la luminosité le plus possible. Cela évite de laisser voir la couleur des grains qui seront versés dans les verres.
5-Donc, installer le sac 1 derrière le verre avec l’étiquette 1, le sac 2 derrière le verre avec l’étiquette 2 et le 3 avec le 3. Simple n’est-ce pas?
6-Une fois que les grains de café sont dans les verres respectifs, mélanger les verres une première fois.
7-Prendre une pause d’une dizaine de minutes (vous pouvez commencer à préparer le déjeuner).
8-Remélanger les verres (je conseille d’alterner entre les goûteurs pour le mélange des verres).
9-Et c’est parti!!!!! Prendre les grains d’un des verres, les passer au moulin et préparer 2 expressos bien tassés! Chaque goûteur doit avoir un crayon et un papier pour noter le numéro correspondant au café goûté. À cette étape, il faut aussi disposer les sacs de café avec les descriptions devant les goûteurs afin de permettre la réflexion analytique sémantique et gustative. Quand la première dégustation est terminée et que le choix est noté, si vous avez accès à de l’eau pétillante, il est recommandé d’en prendre un verre entre chaque café afin de réinitialiser les papilles gustatives. Nous n’avons pas eu ce luxe ici, car le 750ml de Perrier se vend 12$ à la COOP!!! Mais si c’était à refaire… et je ne suis pas certaine que ça arrivera… je me paierais définitivement le luxe et les vertus digestives du Perrier Nunavikien… Qu’en dis-tu Nich? Tu serais prêt toi à investir dans l’eau pétillante?
Donc, une fois le premier verre testé, il suffit de passer au second, puis au troisième. Bien sûr, des pauses sont recommandées entre chaque café!!!!

Quelle méthode scientifique me direz-vous!!! Nous nous sommes effectivement posé une question, nous avons fait des hypothèses, nous avons fait une expérimentation, nous avons écrit nos résultats et nous avons tiré nos conclusions :

7 expressos (oui oui 7, car après la première tournée test de 3 cafés, je me suis rendu compte que j’avais oublié d’élaborer un système de classement des verres utilisés et qu’il nous était impossible de relier la dégustation 1 au premier verre… bref, il faut ajouter l’étape 8b à la méthode, soit celle qui dit : sur une feuille assez grande pour contenir les 3 verres, tracer un tableau de 3 cases et inscrire dans chacune d’elle le numéro de la dégustation. Placer ensuite un verre par case et procéder à l’étape 9, en faisant bien attention de replacer le verre sur la bonne case après caque test) donc, 7 expressos (parce qu’à la deuxième tournée expérimentale, on a décidé d’ajouter un 4e café pourquoi pas!!!) en une seule matinée (dont 4 en moins de 30 minutes) c’est beaucoup beaucoup beaucoup trop! Ça donne mal au ventre. Ça donne des palpitations cardiaques. Ça coupe l’envie de discuter. Ça donne cependant envie d’appeler le nursing…



Et les noms des cafés dans tout ça??? Et bien, on a conclu que les noms donnés aux cafés n’ont rien à voir avec leur goût!

Ahahaha! Juste à l’écriture de cette belle mésaventure, je sens mon ventre gargouiller! Devrais-je prendre ce troisième café?

Sur cette question existentielle, je vous souhaite un bon mois de mai à tous! Ici, les dernières semaines vont passer très vite. Dans quelques jours, la neige laissera place à la toundra, le moteur de mon Honda se fera entendre et notre courte saison de camping commencera!

Allez! J’y vais pour un troisième café!!!

Vikie


Hommage au policier  Steve Dery décédé en devoir à Kuujuaq



samedi 28 septembre 2013

Voyage dans le temps...








Retour dans le temps… parce que je vous ai trop longtemps négligé…


Ivakkak – 19-20-21 mars 2013.







Cette année (ben l’année dernière en fait) il y a beaucoup d’activités au village. Semaine littéraire, foire des sciences, semaine culturelle, ateliers de cirque, course Ivakkak… Tout ça est évidemment bien stimulant et c’en est presque fatigant finalement! Cette pensée est sans doute principalement liée au passage de la course Ivakkak (course de chiens de traîneaux). Ivakkak race… Une vraie course photographique pour moi, en effet, sur stimulée que j’aie été par toutes ces images incroyables qui se sont offertes à moi pendant 2 jours! Sur le coup, je n’ai pas réalisé à quel point cet événement rare (dernier passage au village en 2001) m’avait mis dans un état de fébrilité particulier…  Je l’ai seulement compris après le départ des équipes, lorsque j’ai ressenti une sorte de soulagement, une chute d’adrénaline et une fatigue intense m’assaillir! Pourtant… et heureusement… les équipes ne sont restées au village qu’à peine 36 heures! Un 36 heures de conditions photographiques idéales pour moi! Je suis tout simplement devenue un peu cinglée (quoi??? encore plus cinglée s’exclameront certains!!!), mais essayez un peu de vous imaginer… Dernier passage d’un tel événement dans la communauté il y a 12 ans. Soleil, vent, poudrerie, « chaleur ». Sérieusement… Quelles sont les chances que je revive une telle expérience dans le nord??? J’ai donc passé ces 36 heures (bon OK j’ai tout de même dormi… un peu), dans un état second, ressentant une sorte d’obligation et une impression intense de « je ne reverrai jamais d’aussi belles images alors je n’ai pas le choix de passer le plus de temps possible en cie de ces chiens sur la baie, car en plus de la lumière parfaite, les silhouettes magnifiques des chiens, des traineaux et des motoneiges se détachent parfaitement sur ce fond orangé rouge flamboyant ». Résultat de ces 36 heures : quelques centaines de photos, plusieurs beaux échanges avec les coureurs, les membres de l’équipe technique et les gens de ma communauté… et prise de conscience qu’il y a certaines choses qui ne passent qu’une seule fois… La chance que j’ai eue ne trouvez-vous pas?  L’avez-vous déjà réalisé vous qu’il y a certaines choses que vous ne reverrez jamais, des choses que vous ne revivrez plus ou des gens que vous voyez parfois pour la dernière fois? Je pense souvent à Mes premières fois (et ciel qu’il y en a eu au nord de ces premières fois pour moi), mais rarement à mes dernières fois. Je pense que trop souvent, on ne réalise pas que certaines choses ne reviendront pas… puis on finit par oublier même qu’elles ont existé.







Retour au moment presque présent (car en réalité, lorsque je relis ceci, je suis confortablement assise dans mon nouveau fauteuil préféré nordique)…
21 juin 2013… 17h20… Cheval Blanc (donc Montréal)!
Première dans l’histoire de Vikie au Nunavik et ailleurs (ce qui me sauve tout de même!). Presque 4 mois (plutôt 6) de silence et d’absence; écriture à partir de mon pub préféré de Montréal. Mes Chroniques du Nunavik n’ont jamais été écrites à partir de Montréal, mais parfois elles ont été écrites à partir d’ailleurs. Pourquoi ce silence? Pourquoi cette surprise d’écrire à Montréal?

Le silence?
Hummm…. Le silence parce que parfois quand il n’y a rien à dire… ben il n’y a rien à écrire. Mais plus explicitement, le silence peut-être parce que le rythme lent et l’environnement « vide » du nord commencent à s’accélérer parce qu’il se remplit? Ce n’est pas sans un petit pincement au cœur que je vous fais cette confession… Suis-je en train de faire une rechute? Suis-je contaminée à jamais par ce besoin de remplissage, commun à tant de personnes sur cette terre? Comment est-ce possible de remplir tout le vide des terres nordiques? Est-ce que les journées ont raccourci au nord?  Meuuuuuuup! (Tentative d’essai de phonétiquer un son de buzzer de mauvaise réponse dans un quiz télévisé sûrement un peu raté surtout que je n’ai pas regardé un quiz télévisé depuis au moins une dizaine d’années!)
… Donc, aucune de ces réponses!
Je vous explique… encore! Si la paresse pouvait être incarnée (en fait, elle l’est peut-être) et bien elle me ressemblerait! Je vous le confirme donc… je suis paresseuse! Au cours des derniers trois mois (bon OK, plutôt 6), je me suis laissée aller à la paresse de la pensée. 

Cheval Blanc (donc Montréal).
Le Cheval Blanc est très certainement un « ami » souvent cité dans mes chroniques. (Ciel ça sonne un peu pathétique d’écrire que le Cheval Blanc est mon « ami » (même avec les guillemets!)) Et bien là, je suis assise à « ma » place habituelle et j’écoute, je ressens et j’apprécie ce qui m’entoure. Parce que le Cheval Blanc c’est quelque chose! Surtout quand on vit à plus de 4 heures d’avion! C’est fou de me dire que c’est un peu chez nous… Moi qui croyais ne pas être une personne d’habitudes ou de routines (on est souvent bien loin de l’image que l’on a de soi… ) je peux dire que depuis maintenant trois ans, chaque fois que je reviens du nord, dans l’heure qui suit l’atterrissage, je me retrouve assise à une chaise du Cheval! Chaque fois ça veut dire… 9 retours du Nord parce que je reviens 3 fois par année. Bon, c’est moins impressionnant que je le croyais, mais pour moi c’est beaucoup 9 retours de mon nord! Et pourquoi je viens directement ici? Peut-être pour les deux bizous sur les joues de Pablo? Hahahaha! Pas juste pour ça, mais sûrement tout de même un peu!
Est-ce que je vous ai déjà parlé d’une de mes activités préférées à Montréal? Sûrement que non ;-) Donc voilà, je terminerai avec ça, j’adore m’asseoir à ma table habituelle du Cheval Blanc (celle juste au fond, le long du mur, pas sur la plateforme, mais juste avant). Comme je l’ai écrit, j’adore me laisser submerger par cet environnement houblonné. Bon, je ne l’ai pas dit comme ça, mais vous comprenez sans doute que je parle d’écouter, ressentir et apprécier le Cheval (Orthopédagogue sors de ce corps!!!!! S’ils ne comprennent pas, ils trouveront sans doute la référence par eux-mêmes). À ma droite, Pablo et un client (que je ne connais pas!?!) parlent de leurs enfants (zut moi qui croyais avoir des chances avec Pablo!) avec tellement de tendresse.  À ma gauche, deux clients « âgés » parlent des notes qu’ils ont eues à leur dernier cours universitaire. La musique est bonne, la bière est bonne, il fait frais à l’intérieur (parce que pour moi dehors il fait trop chaud… à noter qu’hier il neigeait sur Umiujaq).  Devant moi, un gars tente de charmer ses deux collègues de travail. Bon d’accord, ça n’a peut-être rien d’excitant pour vous, mais rappelez-vous que je vis dans un village de 400 habitants… J’ai rarement la chance d’entendre parler de gens que je ne connais pas…

La paresse est incarnée ET elle me ressemble… c’est confirmé!

15 septembre 2013… et de la force de l’évitement, je vous dirai qu’il est important de profiter.


Seulement 13h40 en ce dimanche pluvieux et tellement de choses accomplies depuis mon réveil: cuisinage de mon premier chili à vie (à partir de la cuisson des fèves sèches excusez-moi pardon), ménage complet de mon nouveau palais nordique à deux étages (deux salles de bain pour une seule personne ce n’est pas rien), début de la lecture de « Mon Afrique » de Lucie Pagé (parce que j’ai encore et toujours le goût de voyager), mise à jour de mon CV (comme dans un vent de mouvement se fait sentir) et préparation d’un gâteau pommes chocolat (merci Marilie et Catherine pour les pommes). Hier, la force de l’évitement m’a même envoyée voir dehors si j’y étais! Vent, pluie et temps gris… Quoi de mieux que ces trois éléments réunis pour me donner le goût d’aller pêcher à 10km du village? Le pouvoir de l’évitement! C’est aussi grâce à lui que je suis maintenant assise dans mon nouveau fauteuil préféré (brun celui-là) à écrire. Musique du dimanche, nouvelle vue sur la Baie, thé et odeur de gâteau.

Mais l’évitement de quoi vous vous demanderez? Et bien, same old same old! Dans un moment d’égarement, je me suis inscrite à un cours d’été en mai dernier. Égarement, absence, folie, déprime passagère (mes amis policiers m’ayant définitivement quittée) name it! Ayant fait preuve d’une faculté d’évitement incroyable qui a occulté majestueusement ma responsabilité estudiantine estivale, j’ai réussi à repousser les limites de ma procrastination jusqu’à devoir (surtout pas comme dans faire des devoirs, mais plutôt comme dans pas le choix étant donné que je n’ai rien fait (comprendre devoirs comme dans travaux scolaires) durant l’été (mais vous comprendrez mieux pourquoi lorsque vous aurez pris connaissance de mon vacançothon épuisant…. Ô pÔvre de moi…)) demander une prolongation (si vous enlevez les parenthèses, vous comprendrez mieux, je vous le jure!)!

J’évite donc de me mettre au travail! Voilà! C’est dit! Et assumé!

 Et si j’y allais d’un petit résumé des derniers mois? Ça vous va?  Hahaha, comme si vous aviez vraiment le choix (quoi que vous ayez bien le pouvoir d’éviter cette lecture, comme dans la remettre à plus tard ou ne pas la faire du tout!).

Avril : Relâche et Visite de Serge et Céline à Umiujaq!

… C’est à l’aide de mes photos que je remonte le fil de mes souvenirs! Finalement, je viens peut-être de mettre à jour la force intérieure qui me pousse systématiquement à faire des photos… Je dois avouer que sans les images, j’aurais peine à me rappeler…

La relâche n’a été l’objet que de peu de photos… Peu de souvenirs précis, si ce n’est qu’un incroyable de bon gros souvenir de cette semaine passée à Montréal, Petite-Rivière-St-François, St-Adèle, Ottawa et Québec (pour une petite saucette). Il y a eu la 5e édition du MrmbV (c’est bien ça Bobby?) où le Nord, le Sud, l’Est et l’Ouest se sont rencontrés! Il y a eu beaucoup de déplacement en voiture, beaucoup de rencontres et beaucoup de plaisir!

Serge et Céline à Umiujaq! Wow, 10 jours de visite printanière! Bon, je l’admets, printemps pour moi, mais peut-être pas pour mes deux visiteurs… Ne dit-on pas que tout dépend du point de vue dans la vie? Et bien, pour moi, -20 degrés Celsius à la mi-avril, c’est le printemps! Même le vent était chaud, je le jure! 
10 jours de cohabitation familiale avec mon paternel!!!! De mémoire de Vikie, même avec photos à l’appui, je n’ai aucun souvenir d’avoir passé autant de jours consécutifs avec Serge! 10 jours bien remplis de fêtes de fêtes (Serge, Céline, Denis), de fêtes de départs (Carole-Anne, Karl et Nicholas… mes amis policiers) et de soirées de jeux parce que quand il y a de la visite au village, tout le monde veut profiter de la visite (ça fait du bien quoi de bavarder avec des nouvelles personnes de temps en temps!!!).

Juin : Ours, cuisine, pique-niques et feux d’artifice!


Dans mes photos, je trouve des ours, des pique-niques et des feux d’artifice! Dans mes souvenirs, je vois une montagne de fruits, de dinde, de hot dog et de patates en purée…
La fin d’année scolaire commence tôt à Umiujaq. Les derniers 10 jours sont toujours remplis d’activités : bal des finissants, souper des gradués, graduation, pique-niques des petits, pique-niques pour tous les élèves, excursions. Cette année, il y a eu une variante : feux d’artifice. Dans un élan de générosité, les gradués (qui n’avaient pas assez d’argent pour voyager) ont utilisé les fonds amassés pendant l’année pour faire une soirée de feux pour la communauté.
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23h00… la nuit commence à s’installer. Le ciel est encore bleu profond, les pompiers se dirigent vers la plage, la rue devant chez moi est animée. Enfants, ados et adultes s’avancent eux aussi vers le bord de l’eau. Le coucher de soleil ayant été magnifique et ayant réussi à me faire sortir pour capturer chacune de ses subtilités, je suis encore éveillée lorsque la noirceur tombe timidement sur la Baie. Et puis pourquoi ne pas y aller?
Dire que j’ai failli la manquer, une de mes plus belles soirées de l’année! Une fois décidée, j’ai accroché mon équipement photo et mon manteau et je me suis dirigée vers la foule. Je croyais bien passer inaperçue, mais c’était sans compter sur la trahison de mon trépied!  Un peu à l’écart, je me suis installée pour vivre ma première expérience de prise de vue de feux d’artifice et ma première expérience de feux d’artifice à Umi. À peine les pattes de mon trépied dépliées, j’entends les « Hello Vikie! Hi Vikie! Bonjour Vikie! » arriver de tous les côtés. Dans la pénombre, je reconnais seulement les voix. Je réponds à chacune des salutations en continuant de m’installer. Par petits groupes d’amis, les jeunes et moins jeunes viennent me piquer une jasette. Je réalise donc que, pour la première fois, je suis seule parmi les gens de la communauté. Seule dans le sens que je ne suis pas avec mes amis enseignants ou policiers ou travailleurs sociaux ou infirmières… 
« Tu fais encore des photos Vikie? Comme d’habitude hein! Tu voyageras où cet été Vikie? Quels pays as-tu visités déjà? Est-ce que voyager était un de tes rêves? » Ils me connaissent plus que je ne le crois ces petits! Je ne les ai jamais sentis aussi attentifs à mes histoires que ce soir noir de feux d’artifice. D et M qui font du cirque sont restées plus longtemps. Je leur ai raconté que voyager a longtemps été un rêve pour moi et l’est encore. Aujourd’hui, ce rêve s’apparente même à une sorte de besoin de découverte à assouvir. Comment vivent les autres? Qu’est-ce qui les anime? Qu’est-ce qui est important pour eux? Mais, «pourquoi vouloir découvrir les autres et qui sont les autres » de me demander D et M? Découvrir les autres pour me connaître moi-même davantage, pour continuer à me développer en tant que personne, pour apporter quelque chose de nouveau aux gens qui m’entourent peut-être… Et les autres, qui sont tous ceux qui sont différents de moi, c’est à dire pratiquement tout le monde pour peu qu’on prenne le temps de se parler vraiment…
Ce soir là, en regardant les feux d’artifice et les silhouettes autour de moi, j’ai vu s’illuminer des parcelles de rêves. Et si c’était ça la clé du bonheur? Avoir la faculté de rêver et la possibilité de poursuivre ses rêves?



Juin - Juillet – Août : vacançothon!
21 juin au 2 juillet : Montréal, Mont-Tremblant, Québec, Charlevoix, Montréal
3 juillet au 16 juillet : Belize
17 juillet au 21 juillet : Fjord du Saguenay
22 juillet au 29 juillet : Tour du Lac St-Jean
30 juillet au 5 août : Nouvelle-Écosse
5 août au 18 août : Montréal
Un été des plus rempli, avec pas même le temps d’écrire quelques chroniques. J’ai bien essayé au Belize, mais le Belize a passé si vite… C’est une réalité, qu’on se le tienne pour dit, je suis lente. Quand tout va très vite (comme 12 jours au Belize, 4 jours dans le fjord, 7 jours autour du Lac ou 6 jours en Nouvelle-Écosse), je n’ai pas le temps de poser un regard reposé sur ma réalité momentanée. Tout l’été, en vérité, a passé bien trop vite!

Le Belize…
Visite éclaire dans ce petit pays de l’Amérique Centrale. Ville, villages, ruines, jungles, déplacements en autobus, bateau, feux d’artifice dans la douche (comme dans court circuit étincelant, accompagné de fumée et d’odeur de brûlée), paradis biologique (Ah Sartaneja) et rencontre avec le monde de Némo (comprendre plongée en apnée dans la mer des Caraïbes). C’était des vacances! J’ai beaucoup dormi, j’ai beaucoup lu et très peu écrit.





Fjord du Saguenay et Lac St-Jean!
Chères Lori et Annie! Les lignes qui suivront vous sont entièrement dédiées, à toi la plus originale des organisatrices (Lori) et à toi la plus accomplie des organisatrices (Annie)! Avant toute chose, je dois vous dire publiquement merci! Lori, d’abord pour m’avoir fait rire et ensuite pour avoir passé ces 4 jours avec moi dans le fjord. Annie, pour m’avoir intégré si chaleureusement à votre trip familiale à Mirko et toi. 
4 jours dans le Fjord avec Lori! Sans doute la première fois que je passe plus que le temps d’une simple soirée avec ma petite sœur. Pendant que je suis en vacances au Belize, Lori s’occupe des réservations camping et moi je m’occupe de la location d’auto. Départ prévu pour le fjord : 1 jour après mon arrivée du Belize. Arrivée du Belize dans la nuit du 15 au 16. Arrêt habituel au Cheval Blanc, dodo, lavage et préparation des bagages. Je regarde les horaires d’autobus, vérifie les lieux de location de nos terrains de camping afin d’imprimer le trajet et…  je revérifie les lieux de location de nos terrains de camping… Tiens étrange…
Avez-vous déjà vu le Fjord du Saguenay? Sur une carte, en vrai, à la télé? Fjord comme dans large (2.5km*)et LONG cours d’eau qui relie le Lac St-Jean au Fleuve St-Laurent. Bordé de montagnes, il n’est traversable qu’à son début, près du fleuve, ou à sa fin, près du lac… Hummm… Par la route, je dirais qu’il fait au minimum 150 km. Qu’en dis-tu Lori? Donc, en regardant de plus près à nos deux terrains de camping réservés, je crois comprendre que ma petite sœur a choisi des campings qui sont vraiment près l’un de l’autre. En réalité, seulement 2.5 km* les séparent… Vous voyez? De l’autre côté du fjord, il y a mon deuxième lieu de camping! Et le moyen le plus rapide pour rejoindre ce camping qui est à moins de 3km? Prendre la route, faire 75km dans un sens, jusqu’à un pont ou un traversier et refaire 75 km dans l’autre sens, jusqu’à notre lieu de camping #2. Le plus long 2.5 km que j’ai jamais fait… ou presque, car l’histoire ne se termine pas là ;-)
Un petit sourire aux lèvres, je message Lori. Où et quand nous rejoignons-nous et y a t’il un traversier qui relie nos deux campings car ils semblent être sur des rives opposés? Quelques minutes plus tard, mon téléphone sonne. C’est Lori ;-)
- « Mais non Vikie! Je n’ai quand même pas réservé des campings sur des rives opposées! »
-«  Bon, d’accord » que je dis.
Et Lori de continuer : « Tu n’as pas l’air de me croire? »
- « C’est qu’on dirait vraiment qu’ils ne sont pas du même côté… »
- « Je veux bien te croire, t’inquiète! ».
Rendez-vous fixé à Alma pour dans 2 jours (parce que je m’étais un peu mêlée avec les dates). Mauricio, Mirko et moi on va aller voir Nicholas (mon ami policier du Nord qui n’est plus au Nord vous vous en douté) et Claudia à St-Gédéon. Lori va nous rejoindre le lendemain, mes accompagnateurs passeront une nuit avec nous au premier camping et Lori et moi continuerons notre séjour entre sœurs!

Et pourquoi l’histoire n’est pas finie? Parce que lorsque nous sommes finalement arrivés à la guérite de notre premier camping, la gentille personne de l’accueil termine son accueil en nous disant que nous pouvons laisser nos véhicules au centre d’interprétation et que nous devons faire les 2.5km qui mènent à notre terrain, à la marche. Vous imaginez alors l’espèce de sourire hilare qui s’installe sur mon visage lorsque je me tourne vers Lori.  Confusion sur son visage… Elle avait retenu qu’il fallait marcher jusqu’au site… mais elle avait enregistré 800m… pas 2500 ;-) Heuuuu… et comment est-on censé transporter notre glacière gigantesque, nos tentes 4 places, notre poêle de camping (parce qu’interdiction de faire des feux), nos bouteilles de vin, de bière… ? C’est sous l’écho d’un rire franc que nous stationnons les véhicules au centre d’interprétation. Nous sommes sauvés, nous allons louer un chariot et Mauricio va le tirer! Mirko a un vélo le chanceux!
Lori, je dois te dire merci. J’ai adoré ce site de camping. Je veux maintenant y retourner, et ce, malgré les 2.5km à marcher! Par contre, je veux y rester plus de 2 nuits et je veux pouvoir y faire un feu (même si toi et moi connaissons mes talents plus que douteux en la matière…)!
Et de l’autre côté, il y a Annie, la plus organisée des organisatrices que je connaisse, carte colorée à l’appui! 250km (hahaha ça ressemble presque à 2.5km…) de pur plaisir (bon peut-être pas si pur que ça si on considère que je n’ai gagné aucune, mais là aucune partie de crib!!!)! De la tente Utopia, aux arrêts prévus dans les microbrasseries, en passant par le zoo de St-Félicien, j’ai même l’impression qu’Annie a planifié la météo pour nous! Une équipe du tonnerre, avec Mirko 9 ans comme leader! Il les a faits tous les km, en restant toujours positif (bon presque toujours, car après une montée de plus de 2km, avec vent de face et 4 jours de vélo dans le corps, on a bien le droit d’avoir un moment (tout petit moment) de découragement). Bravo et merci à mes deux nouveaux amis de vélos! Il faudra penser bientôt à notre prochaine destination!


Je suis finalement arrivée en Nouvelle-Écosse avec beaucoup de sommeil à rattraper! Quel endroit apaisant que ce Digby by the sea! Bobby, Angela et Shannon, mes amis et collègues nordiques et se sont faits d’incroyables guides touristiques! MrmbV édition spéciale à Halifax, route des vins dans la Vallée, Évangéline, l’Habitation, les baleines et le flânage matinal sur le balcon victorien de cette maison sans doute centenaire… que de bons souvenirs!


28 septembre… Assise dans ma chaise hamac (un gros merci à Lucassie), je relis mes péripéties en me demandant ce qui arrivera de ce blogue. Peut-être est-ce le temps… Peut-être est-ce le fameux cycle de trois ans… Vikie au Nunavik… et ailleurs! Suis-je prête à aller voir ailleurs si j’y suis? J’ai imprimé tout ce que j’ai écrit depuis mon arrivée ici… plus de 150 pages d’histoires, d’anecdotes et d’aventures. Je m’imagine en Indonésie pour quelques mois, ordi et « manuscrit » en main. Il y a peut-être quelque chose à faire avec tout ça…  lorsqu’il n’y a plus rien à écrire, il y a peut-être encore quelque chose à lire, relire et à retravailler…

Je terminerai donc en ne faisant aucune promesse que je ne pourrais tenir quant à une prochaine publication virtuelle. Cependant j'espère vous revenir avec quelques nouvelles du projet de Shiatsu au Nunavik, qui se concrétisera dès la mi-novembre. Merci à tous pour votre soutien. Merci à Benoit et Tiphaine pour leur initiative et leur sens du partage incroyable!