Petites images en vrac…
Un appel inattendu!
Connaissez-vous la chanteuse Reana? Moi je ne la connais pas… mais je connais la petite fille de 4 ans d’Umiujaq qui porte le même nom! Quelques-uns d’entre vous ont rencontré Nellie lors de mon passage au sud. Ma nouvelle amie de 4 ans est la nièce de ma première amie Inuk. Sans trop que je ne sache comment, Reana et moi avons développé un lien d’amitié très fort. Nous nous sommes rencontré un soir de janvier, à l’école, lors d’une activité de volley-ball où j’étais assignée à la vente de pizza (sacré financement pour la France!). Comme son père était du tournoi, donc occupé, la petite s’amusait à passer du gym à l’entrée de l’école. Elle, parlant à peine anglais… Moi, ne parlant pas Inutitut… Nous avons réussi à nous présenter l’une à l’autre et c’est là que tout a commencé! Pendant les quelques heures qu’a duré l’événement, Reana s’est occupé davantage de moi que moi d’elle!
Depuis ce fameux soir, je crois que nous nous sommes mutuellement révélées l’une à l’autre! Lorsque par bonheur nous nous croisons dans le village, plus rien n’existe autour de nous… Vous devriez entendre la petite voix de cette fillette quand elle crie mon nom lorsqu’elle me reconnaît au loin! Nous nous voyons très peu souvent étant donné qu’elle ne fréquente pas encore l’école (je ne peux attendre à l’année prochaine), mais chaque fois notre lien se renforcit.
Le printemps qui arrive lentement.
La journée même de mon retour à Umiujaq, contente d’être chez moi, confortablement installée dans mon salon à écouter de la musique, la sonnerie du téléphone est venue briser le charme de mon arrivée. Certains d’entre vous connaissent ma fâcheuse manie de ne pas répondre au téléphone… En regardant l’appareil, j’ai hésité quelques secondes pur finalement répondre… Vikie? Vikie? … … Oui, c’est moi. Qui parle? … … Reana??? C’est toi??? … Hihihihi…. Pizza! Pizza! … Comment voulez-vous ne pas craquer pour ça!!!! Mon premier appel de mon amie de 4 ans! Trop mignon!!! Nous avons ri… puis elle a passé le combiné à Nellie (toute la famille habite ensemble) puis celle-ci m’a expliqué que la petite lui avait demandé mon numéro de téléphone! Je peux maintenant dire que j’ai deux amies Inuk!!!
Comme partout ailleurs, avec l’arrivée du printemps, la neige fond tranquillement à Umiujaq. Comme partout ailleurs, cette fonte des neiges est une occasion rêvée pour refaire sa provision de mitaines, tuques et foulards. Maintenant je comprends pourquoi la plupart des enfants ne portaient pas de tuques cet hiver!
En plus de ces accessoires hivernaux cependant, la fonte des neiges à Umiujaq apporte quelques surprises parfois très surprenantes et aussi un peu tristes… Surprises surprenantes : trois pad de gardien de but et peau de phoque. Surprises tristes : les corps de trois chiens morts gelés… Je me rappelle avoir vu ces trois pauvres bêtes, enfermées dans un enclos exposé au vent de la Baie il y a quelques mois. Sans doute morts depuis longtemps, la neige les a rapidement recouverts et je ne les ai pas revus vivant depuis janvier. Je croyais innocemment que leur propriétaire les avait mis à l’abri…
Faire des choses en cachette à Umiujaq!!!
Difficile de faire des trucs sans être vu par quelqu’un dans une communauté de 350 personnes (je viens d’apprendre que nous n’étions pas 420!!!) Alors là je vais me confesser à vous tous de quelque chose « d’illégal » que j’ai fait par un jeudi matin de mai… Je crois que c’était la semaine après mon retour de Mtl… Vous vous souvenez comment je vous ai dit que les « vacances » dans le sud ne sont pas synonymes de repos pour moi… Et bien, la semaine suivant mon retour, le jeudi vers 8h15, je reçois un appel de Sandra (qui de toutes mes aventures Nordiques… ou presque).
- Vikie, je le fais ce matin!
- Tu es certaine Sandra? Ça me tente moi aussi…
- Imagine tout ce qu’on pourrait faire!
- Oui, mais… ça ne paraitra pas un peu bizarre?
- Peut-être… mais ça pourrait être possible!
- Hummm… je vais y penser jusqu’à 8h40 et je te rappelle!
8h39… Je prends le téléphone et je compose le numéro de l’école… Willie le concierge répond et je lui dis que je vais prendre une journée de maladie! Ben quoi… c’est vrai que je me sens pas en pleine forme. 3 ou 4 profs sont déjà malades depuis quelques jours… Notre absence simultanée à Sandra et à moi devrait passer inaperçue…
8h40… J’appelle Sandra, la conscience tranquille et elle répond en me disant qu’elle a des remords!!!
- Ben là tu ne peux pas revenir sur ta décision!!! Je viens d’appeler à l’école!
- OK! Alors??? Comment on s’arrange??
C’est alors que nous commençons à élaborer notre plan : je dois aller la rejoindre chez elle et nous allons cuisiner des tartes et des gâteaux à la citrouille toute la journée pour vendre afin de financer notre échange en France!
Sandra reste à environ 200m de chez moi… mais pour me rendre, je dois presque passer devant l’école… Je ne dois absolument pas partir durant la récré (je dois éviter élèves et enseignants…), pas trop tôt pour éviter les retardataires, pas trop tard pour éviter la pause de X qui s’installe dans la salle des employés en contemplant et commentant tout ce qui se passe en plein dans la direction que je vais prendre!
Donc, départ à 10h00. Itinéraire : passer derrière la radio et longer les conteneurs (merci les gars de la construction), rejoindre la cour de la garderie, longer de nouveau les conteneurs, puis traverser la rue… en marchant très rapidement… sans regarder à gauche ou à droite!
10h02, me voilà prête à partir, sac à dos au dos! Je révise dans ma tête le chemin que j’emprunterai et je prépare une excuse bidon au cas où je croise quelqu’un… Dîner et souper, quelques bières pour la soirée… car tout le monde le sait… la bière est le meilleur remède au genre de mal qui m’habite!!! Je suis prête… j’ouvre ma porte, je prépare ma clé pour barrer et me voilà partie… le cœur bondissant dans ma poitrine! Il ne faut absolument pas que je croise qui que ce soit… car je suis plus que souriante… je crois que je ris réellement! Dans ma tête, j’entends une de ces chansons tirées tout droit d’un film de James Bond! J’oubliais… j’ai pris soin de mettre des vêtements de camouflage!
Tout c’est finalement bien passé, je n’ai croisé personne et heureusement, avant de partir j’avais pris soin d’appeler Sandra afin de lui demander de s’assurer que sa porte extérieure était bien débarrée!!! OUF! J’avoue que l’histoire aurait été meilleure si j’étais restée prise dehors, devant tout le monde, sans plan d’urgence, à cogner et à rire de la situation ou peut-être à lancer des roches dans la fenêtre… Mais non… je suis simplement entrée, nous avons déjeuné, cuisiné toute la journée, dîné, soupé, joué au toc… relaxé bref!!!! Ce fut une magnifique journée.
Le long weekend de la fête de Dollar = camping pour moi depuis quelques années. Trois jours pour profiter de la nature, trois jours pour s’évader, pour randonner, pour camper. Weekend de la fête de Dollar à Umiujaq : trois jours pour profiter de la nature, trois jours pour s’évader, pour randonner, pour camper… et pour rencontrer un ours!
Trois jours d’évasion à Umiujaq ça veut aussi dire 15 minutes de 4 roues et une seule nuit sous la tente… parce que très froid et un peu épeurant (voir ours plus haut).
Puis la méga bonne nouvelle…
… qui fait allumer une étoile de plus dans les yeux des élèves… roulement de tambour, re-roulement de tambour, re-re-roulement de tambour! Ça y est, le financement pour l’échange en France a été accordé! Ne reste plus que l’argent à rentrer! 10 mois de travail sur les passeports (seulement un en attente, merci Richard), plusieurs soirées et weekend d’activités de financement, plusieurs heures à remplir des dossiers (merci Sandra!).
Maintenant, quand je croise les élèves qui participeront au voyage, nous avons un sourire complice. Je sens que quelque chose s’est allumé chez ces 11 étudiants qui s’arrêtent maintenant plus souvent à la porte de mon bureau. En septembre prochain, nous prendrons la route pour Longueville sur Scie (Nord de la France)! En plus des étoiles, je commence à voir de la fierté dans le regard de certains. N que j’ai croisé hier dans la rue devant chez moi m’a présenté un de ses amis venant d’un autre village. L’ami en question lui a demandé si j ‘étais son enseignante, puis N a répondu fièrement que non, mais que nous allions en France ensemble l’année prochaine! Je vous laisse imaginer la petite étoile qui s’est allumée dans mes yeux…
Salluit!
10h15, mercredi matin. Je suis dans la classe de Anne-Nathalie. Nous venons de faire l’évaluation orale des élèves de 5e et 6e année français. Les élèves sont partis, mais une d’entre elles a refusé de faire la présentation orale. Elle a pourtant fait deux fois la pratique dans mon bureau les jours précédents. Il y a des journées comme ça pour J où tout va très mal et où rien ne sort de sa bouche… Ça tombe juste pas bien pour ce jour d’examen! Nous décidons donc de prendre la grille d’évaluation et je repasse en mémoire les deux périodes que j’ai passé à pratiquer avec les élèves de 6e année. Ça fera un point de départ pour Anne-Nathalie qui se réessayera dans l’après-midi avec J.
Nous sommes donc en pleine discussion lorsque la directrice cogne à la porte et demande à me parler. Elle excuse son interruption en me disant qu’elle a quelque chose de drôle à me demander… Un peu méfiante, je me dirige vers le corridor où elle m’attend avec l’enseignante de mes élèves de photographie (M et J). Elles échangent des sourires et finissent par me demander en combien de temps je peux faire mes bagages pour aller passer une semaine à Salluit??!!! Depuis le début de l’année, les élèves de Darlene ont travaillé sur ce projet d’aller visiter une autre classe de cette communauté. Le départ est prévu pour 12h30, le check-in à l’aéroport pour 11h00… Un accompagnateur a du annuler à la dernière minute… et me voilà dans le corridor de l’école à me demander en combien de temps je peux faire mes valises? 30 minutes est ma réponse (j’aurais sûrement pu aller plus vite, mais j’ai eu un problème de lacets!).
Chanceuse vous dites??? Mets-en je dirai! Deuxième voyage Nunavikien (rappelez-vous le tournoi de hockey) pour mois en un an! Salluit est un des villages les plus au nord, situé dans le détroit de l’Hudson. Il est entouré de montagne, le soleil ne s’y couche presque plus, il y a des voitures qui roulent sur la banquise, deux écoles et beaucoup trop de monde! Mais ce fut une belle semaine fatigante! La classe de Darlene (genre de cheminement particulier) compte habituellement 4 élèves, mais pour le voyage, ils ont invité 2 futurs étudiants pour l’an prochain… S et P ont fréquenté l’école jusqu’à Noël et ne se sont jamais représentés par la suite… Tous deux, ils faisaient partie de la classe de français, tous deux ils faisaient partie du projet pour la France. P est cet élève qui m’avait donné une petite frousse il y a quelques mois.
6 élèves. 5 fumeurs. 5 ados qui deviennent un peu désagréables s’ils sont en manque. Ces jeunes n’ont pas de boulot… je me demande comment ils font pour se procurer tout ça… Darlene m’explique que les parents subviennent généralement à ces « besoins » pas primaires du tout.
7 jours passés un peu sur la sellette, à me demander quand une catastrophe arrivera… 24 heures sur 24 avec ces élèves (nous avons tous habité la même maison)… qui finalement, malgré quelques mauvaises humeurs passagères dues au manque de nicotine, se sont bien comportés. P m’a particulièrement impressionné. J’ai découvert un petit garçon serviable et gentil derrière ce regard dilué. Me voilà avec 7 sourires complices de plus à échanger à l’école, à la coop, au pique-nique de fin d’année… Est-ce que je vous l’ai déjà dit que je suis trop chanceuse moi dans la vie?
Puis le dernier weekend à Umi…
Saviez-vous qu’un chien, ça peut tomber dans une crevasse? Halak lui le peut. Il suffit de lui montrer un écureuil (oui oui, il y a maintenant des écureuils au nord du 55e parallèle, sans doute arrivés par conteneurs avec le matériel de construction). Donc, un écureuil, un cap de roches, une crevasse de peut-être 3 pieds et une course folle! Sandra et moi on le regarde courir, on le perd de vue, Sandra s’inquiète, je la rassure en lui disant que s’il était tombé dans un trou Halak gémirait (mais qu’est-ce qu’elle connaît au chien cette Vikie vous direz-vous? En plus elle ne les aime même pas!!!), puis nous attendons quelques minutes. Halak ne revient pas… Je me décide à l’appeler… il se décide à gémir, nous nous décidons à courir. Un chien disparu, un cap de roche et une crevasse de peut-être 3 pieds… Ben non!!! Je ne suis pas tombée dans une crevasse voyons!!!! Mais Halak lui oui!!! Il n’a pas gémi parce qu’il a sans doute été trop surpris, coincé entre deux parois rocheuses, mais heureusement accessibles! Nous l’avons retrouvé, nous l’avons aidé à sortir et il s’est remis à courir! OUF! Je me serais sentie mal de ramener Halak blessé à Paul!

Samedi, pique-nique communautaire devant chez moi :O) Tout le village se retrouve sur la plage, des feux sont allumés un peu partout. Du thé, de la banik (sorte de pain inuit), des hot dog, du poisson, du caribou, des œufs de mouette, du phoque… cru et … sanglant! Reana me trouve dans la foule et m’amène autour du feu avec sa famille. Nellie (la troisième prof qui vient en France avec nous) m’amène ensuite vers ce bac bleu et me demande si je veux gouter? Premier coup d’œil à l’intérieur… Surprise. À travers la chair et le sang, j’aperçois un museau à la base duquel deux yeux ronds me regardent… Fuck! C’est un phoque! Et pas cuit du tout, je dirais même plutôt cru (la vérité toute crue comme dirait Fred). À l’aide de son uluk (couteau inuit réserver aux femmes), Nellie me tranche un morceau et me le tend! C’est dans ce genre de moment qu’il faut savoir faire abstraction de certaines choses (entendre les deux yeux bien ronds qui me regardent du fond de la caisse). Et d’une expérience Inuit de plus! Et d’un après-midi de plus passé à juste apprécier le moment en compagnie de tous ces gens que je côtoie depuis maintenant 10 mois.
Et puis la (excusez les accents... je suis dans un café internet de l<Inde avec un clavier que je n'ai pas envie de trop explorer...), je terminerai cette dernière chronique 2010-2011 un peu abruptement... car avec la fin de l’année scolaire, le passage a Montréal et le départ pour le voyage en Inde... je n'ai pas pris le temps de mieux la terminer...
Je vous souhaite donc un bon été, même si celui-ci est déjà bien entame! Pour me part, je suis présentement assise dans un café internet de Dalhousie (une petite ville au nord de l'Inde qui est fort sympathique!), car il pleut aujourd’hui! Il y a déjà des chroniques en construction pour ce voyage qui a débuté il y a à peine 10 jours! Je vous enverrai quelques images de l’Inde dès mon retour à Umiujaq :O)
À bientôt, profitez de l’été et de la vie :O)

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